Toulouse : La deuxième vie de Marie-Constance Mallard, la créatrice de « Violette Mirgue », passée par un trou de souris

TRAIT POR-TRAIT « 20 Minutes » s’intéresse aux dessinateurs, illustratrices ou bédéastes dont l’œuvre s’ancre dans un territoire. A Toulouse, voici l’étonnant parcours de Marie-Constance Mallard, la créatrice de « Violette Mirgue », la petite souris fureteuse

Hélène Ménal

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Marie-Constance Mallard a tout plaqué après un burn-out pour se lancer dans les aventures de Violette Mirgue.
Marie-Constance Mallard a tout plaqué après un burn-out pour se lancer dans les aventures de Violette Mirgue. — Georges-Patrick Gleize
  • Dans la série Trait Por-Trait, 20 Minutes suit le trait de rayon de onze dessinatrices, illustrateurs ou bédéastes dont l’œuvre met en avant une ville, un territoire.
  • A Toulouse, Marie-Constance Mallard a « tout plaqué » pour raconter et dessiner les aventures de « Violette Mirgue », la souris voyageuse qui sème des fromages.
  • Rien ne prédestinait cette mère de famille, rat de bibliothèques et adepte des contes de fées, à percer dans la littérature jeunesse.

Même sur les bancs de la fac à Toulouse, elle se berçait encore de contes de fées. Et Marie-Constance Mallard, « MC » (prononcez « em’si » à l’anglaise) pour les intimes, avait raison de croire aux histoires à dormir debout.

Car celle qui a été pendant six ans directrice qualité chez un sous-traitant d’Airbus est entrée dans la littérature jeunesse par un trou de souris. Celui de Violette Mirgue, la souris baladeuse qui a d’abord trimballé son imper violet et son éternel parapluie à pois sur le parvis des monuments toulousains et les hauteurs des Pyrénées, avant, succès aidant, d’obtenir un visa pour voyager plus loin, en Bretagne ou à Paris. En planquant toujours et partout – coup de génie qui fait parfois soupirer les parents mais enchante les enfants – ses fameux morceaux de fromages.

Burn-out et allergie

Marie-Constance Mallard aurait pu tout aussi bien réussir au rayon « accomplissement personnel » avec un best-seller du genre « Comment j’ai pris un nouveau départ ». Car, elle ne s’en cache pas, tout est parti d’un « burn-out ». En 2013, la mère de trois enfants est au fond du trou. Elle se morfond chez elle. Et avec son côté « rat de bibliothèques », elle s’agace de ne pas trouver un livre un peu funky pour gérer l’allergie alimentaire de son fils Arthur. Et puis « l’étincelle » a surgi. Au bout de la baguette d’une bonne fée : Camille Piantanida, l’amie des études en gestion informatique et des délires d’adulescentes. A l’époque, cette dernière a déjà bifurqué vers l’illustration pour enfants et commence à faire son trou dans le métier du côté de Bordeaux. « Je lui ai dit, écris les textes que tu aimerais lire sur les allergies, je les illustrerai », se souvient-elle. Le livre des deux copines est sorti en 2014. Il est épuisé aujourd’hui et leur petite maison d’édition n’a pas résisté au Covid-19.

Mais MC avait chopé le virus, appris de Camille l’art de coloriser. Violette Mirgue s’était faufilée dans son cerveau, avait sauté sur des planches à dessin. Elle avait les premières sous le bras quand elle a sonné, un matin de juillet et un peu au culot, chez les vénérables éditions Privat, davantage portées sur le patrimoine que sur la littérature jeunesse mais chez qui la souris curieuse a fait mouche.

« Syndrome de l’imposteur »

« Je n’ai vraiment eu Violette dans les doigts qu’à partir du tome IV et les premières planches me font maintenant mal aux yeux », confie l’autrice. Elle avoue même nourrir parfois, dans les salons du livre, « un syndrome de l’imposteur ». Mais ses confrères la rassurent. Camille en premier lieu : « Il y a de la place pour tout le monde quand on voit les yeux qui brillent des enfants. MC, c’est une fée, comme un bonbon pour la toux qui ferait du bien partout. »

Violette Mirgue a aussi voyagé sur le Canal du Midi.
Violette Mirgue a aussi voyagé sur le Canal du Midi. - Editions Privat

A 32 ans, Marie-Constance Mallard, fan absolue d’Harry Potter sait « qu’inconsciemment » elle écrit pour Arthur et ses deux sœurs, qui grandissent. Elle jongle donc entre les voyages de Violette et sa jeune saga Pastelle et le club de la violette, dans la catégorie « young adult ».

La mère de famille est « fière » que son héroïne débarque en peluche sous le sapin de Noël. Elle aime aussi l’idée de réserver en avant-première les aventures de la souris voyageuse à l’école de ses enfants. C’est eux qui l’aident à garder les pieds sur terre. Parce qu’ils n’en démordent pas, la consécration, la vraie, c’est quand on vous appelle « pour participer à Fort Boyard »…