Coronavirus à Toulouse : Qu’est-ce qui pousse les habitants à braver le confinement ?

ATTESTATION Alors que la France en est à sa troisième semaine du confinement « saison 2 », les rues de la Ville rose sont toujours arpentées. Pour des raisons qu’on ne peut pas toujours cocher sur une attestation

Guillaume P. Chambon

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Les quais de la Garonne, un jour de confinement. Illustration.
Les quais de la Garonne, un jour de confinement. Illustration. — Guillaume P. Chambon - 20 Minutes
  • Ce deuxième confinement est bien différent du premier et les Toulousains s’octroient davantage de sorties, même sans motif impérieux.
  • 20 Minutes est parti à leur rencontre.
  • Les entorses consistent surtout à préserver les liens humains.

Lors du premier confinement, rares étaient les personnes que l’on était amené à croiser. On pouvait les classer en trois catégories : les (nouveaux) joggeurs, les adeptes des courses et les promeneurs d’animaux. Mais ce deuxième isolement n’a rien de similaire. Il y a de l’activité dans les rues de Toulouse : de la place du Capitole aux marches de Saint-Pierre en passant par les berges de la Garonne, il y a du monde partout, pas toujours pour des raisons officielles et souvent en quête de liens sociaux.

C’est le cas par exemple de Lucie, 23 ans. Elle rencontre des gens au travail mais pour elle l’absence de lien affectif est un véritable manque. « Je vis seule dans mon appartement, raconte-t-elle. Alors avec un couple d’amis qui habite près de chez moi, on a décidé de se voir une à deux fois par semaine pour discuter d’autre chose que ce climat anxiogène ou de boulot. »

La famille comme échappatoire

Dans un autre registre, Laslo* était isolé lorsqu’il a appris le décès d’un membre de sa famille. Ce chargé de recrutement de 31 ans avoue avoir franchi la ligne jaune : « La limite de 30 personnes m’a empêché de me rendre aux funérailles et la veillée funèbre ne justifiait pas une sortie. J’avais besoin de soutien, alors j’ai enfreint le confinement pour aller chez mes parents. »

Beaucoup d’étudiants n’ont pas résisté à un retour au bercail. Comme Solange*, étudiante en langues étrangères à l’université Toulouse 2-Jean Jaurès, qui ne voulait pas « rester enfermée dans neuf mètres carrés pendant un mois ». Elle explique que « l’éloignement social commençait à se faire lourd, surtout quand on est étudiant et que l’on vit seul… C’est pour ça que je suis retournée chez mon père quitte à me prendre une amende », reconnaît-elle.

Un parfum d’insouciance

L’insouciance de la vie étudiante n’est plus vraiment d’actualité, alors certains essayent tant bien que mal de la préserver. C’est le cas notamment de Philippe*, élève de l’Insa Toulouse. Pour lui, « l’école donnait de la structure à tout ça. Quelque chose s’est brisé et les traditions vont se perdre ». Pour cette raison, le jeune homme et ses amis se retrouvent les week-ends pour « des apéros ou des brunchs. Comme ça, on essaye de conserver le peu de relation sociale qu’on peut avoir ». Une dernière année au goût amer, d’autant que les habituelles soirées d’adieu et bal de promo n’auront pas lieu.

Enfin, Baptiste lui a décidé d’arrêter de bouder les applications de rencontre. « J’étais sur le chemin du retour pour faire un test PCR, et je me suis servi du motif médical pour aller voir un homme ». Le trentenaire, « blasé » de la situation, ajoute : « Je me suis dit que je prenais plus de risque dans les transports en commun où on est tous agglutinés. »

Malgré la respiration des sorties shopping qui feront leur retour samedi, ces petits arrangements avec les motifs officiels vont se poursuivre jusqu’au 15 décembre et la disparition annoncée des attestations.

* Le prénom a été changé