Toulouse: Dans le quartier Bonnefoy, une famille fait de la Résistance pour éviter la destruction de sa maison

HISTOIRE Un couple toulousain et ses trois enfants luttent pour éviter la destruction de leur maison, ancien abri de résistants, menacée par l'agrandissement d'un jardin municipal dans le quartier Bonnefoy

Nicolas Stival

— 

Christel et Jean-François devant leur maison située au 17, chemin Lapujade à Toulouse.
Christel et Jean-François devant leur maison située au 17, chemin Lapujade à Toulouse. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Christel, Jean-François et leurs trois enfants sont locataires depuis plus de huit ans d'une petite maison du quartier Bonnefoy, à Toulouse.
  • La mairie a fait valoir son droit de préemption pour racheter et détruire ce logement, qui a abrité des résistants durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Les actuels occupants estiment que le projet d'agrandissement d'un jardin est parfaitement compatible avec l'existence de leur maison.

 

C’est un compte Facebook comme le réseau social en abrite des millions. Cependant, la page ouverte le 14 novembre par Christel et Jean-François avec leurs trois enfants Manuela (17 ans), Salomé (11 ans) et Charlélie (3 ans) a permis de populariser leur combat : sauver de la destruction le lieu où ils habitent depuis plus de huit ans, au 17, chemin Lapujade, dans le quartier toulousain de Bonnefoy.

« C’est parti comme une traînée de poudre », s’étonne encore quelques jours plus tard Jean-François, travailleur culturel de 45 ans. Les médias se succèdent dans cette maison ouvrière du début du XXe siècle, posée à côté de la voie ferrée, qui a abrité des résistants durant la Seconde Guerre mondiale.

Droit de préemption

Locataire depuis juillet 2012, la famille a réussi à obtenir un prêt bancaire pour signer un compromis de vente fin juin, lorsque le propriétaire a décidé de se séparer de son bien. Mais la ville a fait jouer son droit de préemption, officialisé dans un courrier reçu par voie d’huissier le 8 octobre.

« Le projet est d’agrandir le jardin Lapujade, en détruisant la maison en ruines du n° 19, qui appartient déjà à la mairie, et la nôtre, détaille Christel, documentaliste de 41 ans. Mais cela peut tout à fait se faire en nous gardant, la maison, la famille et son histoire. Nous sommes parfaitement intégrés dans la vie du quartier, nous nous y sentons bien. Et on ne parle pas d’un appartement au milieu d’un immeuble qui tombe en ruines. »

Des travaux déjà réalisés et d’autres en projet

Si les murs extérieurs ont besoin d’un coup de frais que la famille a prévu d’effectuer, de nombreux travaux ont déjà été réalisés à l’intérieur : fenêtres et portes ont été changées, comme une partie de la charpente et toute la couverture, ainsi que la chaudière.

Présidente d’Europolia, la société publique locale d’aménagement de Toulouse Métropole, Annette Laigneau se montre toutefois catégorique. « Garder la maison pour l’intégrer dans le parc, ça n’a pas de sens, assure l’élue en charge de l’urbanisme. L’objectif est d’agrandir le jardin Lapujade. Jean-Luc Moudenc (maire LR et président de la métropole) est attaché à ce que tous les quartiers puissent bénéficier de lieux de verdure. Or, il n’y en a pas beaucoup dans ce quartier. » Une opinion que ne partagent pas Christel et Jean-François, qui citent entre autres le jardin Michelet, à 200 mètres de chez eux…

Les témoignages de descendants de résistants continuent d’arriver

Et puis, il y a cette richesse historique découverte par la famille, un peu par hasard dans le magazine municipal, fin 2016 : le 17, chemin Lapujade a abrité les activités clandestines d’un groupe de francs-tireurs et partisans français (FTPF) et en particulier du jeune Louis Taudou, qui y échappera à une rafle de la Gestapo et racontera l’épisode dans son livre Libérer Toulouse. Christel et Jean-François sont entrés en contact avec le fils de Louis Taudou.

La médiatisation de leur combat, appuyé par des voisins mais aussi des associations d’anciens résistants, a permis de découvrir d’autres histoires similaires. « Il y a une semaine, le fils du résistant Alex Grosdidier nous a contactés et nous a expliqué que son père avait aussi été caché ici, avec d’autres, explique Jean-François. Il a connu la vigne lorsqu’il était enfant. »

Le quadragénaire désigne les vénérables ceps qui s’enroulent jusqu’au balcon, dans le petit jardin en triangle qui forme la pointe de cette propriété de 76 mètres carrés, en bout de rue. « Si on doit nous intégrer à un parcours de mémoire, il n’y a aucun problème », assure-t-il.

« Ce n’est pas la maison en elle-même qui est un lieu de Résistance »

« L’histoire de la Résistance n’est pas de la banalité, mais l’histoire de cette maison est banale dans le sens où des maisons autour de la gare Matabiau qui ont caché des résistants dont les cheminots se sont fait les protecteurs, il y en a d’autres, réplique Annette Laigneau. Ce n’est pas la maison en elle-même qui est un lieu de Résistance, mais l’ensemble de ce quartier. C’est avec la requalification de ce jardin que l’on pourra, en lien avec les associations de résistants et les habitants du quartier, voir comment on pourra rendre hommage à la mémoire de Louis Taudou et de tous les résistants du faubourg Bonnefoy. »

Les positions semblent irréconciliables. Et la famille se dit inquiète car les loyers ont flambé dans le quartier ces dernières années, et s’avéreraient sans doute inaccessibles pour leurs finances s’ils devaient quitter leur maison.

« C’est difficile pour eux, je le reconnais, indique l’élue Annette Laigneau. L’EPFL (établissement public foncier local, chargé notamment de racheter les biens par préemption) a pour mission de reloger les locataires. Nous ferons tout pour que ce soit dans ce quartier auquel ils sont attachés. » Christel, Jean-François et leurs enfants veulent toujours croire, quant à eux, que leur avenir s’écrira au 17, chemin Lapujade.