Coronavirus à Toulouse : L’équipe mobile du CHU mobilisée face à la multiplication des cas dans les Ehpad

EPIDEMIE Alors qu'un Ehpad sur trois en Haute-Garonne dénombre au moins un cas positif au coronavirus, l'équipe mobile du CHU de Toulouse intervient notamment sur place pour des déspitages massifs

Béatrice Colin

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Lors de l'intervention de l'équipe mobile Covid-19 / Ehpad du CHU de Toulouse avec des volontaires de la sécurité civile.
Lors de l'intervention de l'équipe mobile Covid-19 / Ehpad du CHU de Toulouse avec des volontaires de la sécurité civile. — Sarah Rosier
  • En Haute-Garonne, le taux d’incidence est depuis ce dimanche de 159,5 cas positifs pour 100.000 habitants.
  • Les cas de contamination se multplient dans les Ehpad, dont 10 % sont considérés comme des clusters.
  • Pour aider les maisons de retraite à juguler les cas positifs, une équipe mobile « Ehpad » a été mise en place au sein du CHU de Toulouse.
  • Entre les tests massifs et les conseils pour gérer la crise, cette équipe doit faire face au manque de personnel dans ces établissements, accentué par la crise sanitaire.

Formant un cercle, Victor, Sarah ou encore Madeleine sont attentifs aux conseils que Véronique Léon, la cadre de santé de gériatrie, leur donne. Tous sont fin prêts pour intervenir dans trois Ehpad de l’agglomération toulousaine avec l’équipe mobile Ehpad du CHU de Toulouse. Une cellule mise en place dès le début de la pandémie de coronavirus pour intervenir en soutien dans ces établissements pour personnes âgées.

Ces volontaires de la protection civile sont désormais habitués à ce brainstorming. Aux côtés d’infirmières et d’un médecin du CHU de Toulouse, ils ont la tâche de tester à tour de bras des personnes âgées, parfois en mode « drive », parfois dans leur chambre quand celles-ci ne peuvent plus se déplacer. Mais aussi de dépister le personnel de ces établissements qui se plie de bon gré à l'exercice à chaque fois qu’un cas positif est détecté ou que l’un des résidents présente des symptômes.

Presque au niveau de la première vague

« En mars, nous faisions plusieurs sorties par semaine, puis il y a eu un arrêt cet été. Mais depuis le 15 août, ça reprend et on ne va pas tarder à rattraper le niveau de la première vague », constate le docteur Hélène Villars, dont le téléphone ne cesse de sonner.

Ce médecin gériatre du CHU de Toulouse rassure ses interlocuteurs, en particulier les gestionnaires d’Ehpad qui l’appellent pour avoir des conseils ou faire tester en urgence l’un de leurs agents. « Il y a du stress lorsqu’un membre du personnel ou un pensionnaire à des symptômes. Nous avons créé l’équipe mobile pour faire des recommandations mais aussi des tests lorsque cela est nécessaire et qu’ils n’ont pas pu les faire dans le laboratoire du secteur », explique cette spécialiste qui peut s’appuyer sur les volontaires de la protection civile et sur les « Emir », ces équipes d’intervention rapide de l’Agence régionale de santé.

Et les demandes ne manquent pas en ce moment. Pas moins d’un tiers des Ehpad de la Haute-Garonne recense au moins un cas positif et 10 % d’entre eux sont identifiés comme un cluster.

Sous-effectif dans les Ehpad

« Il faut s’en occuper rapidement parce que ce sont des foyers de contamination, le virus y prend ses quartiers. C’est pour cela que souvent, dès qu’un cas positif est détecté, il est transféré à l’hôpital, il faut éviter que cela se répande au sein du personnel. Car ces établissements manquent d’effectifs, il y a un absentéisme cumulé important auquel s’ajoute l’attente des résultats des tests. Parfois ils n’ont pas de médecins référents et parfois quand ils en ont un ce sont des médecins retraités qui viennent en aide, hors ce sont des personnes fragiles », poursuit la praticienne hospitalière. Une réalité à laquelle a été confrontée l’Ehpad de Séverac d'Aveyron où plusieurs résidents sont décédés et de nombreux cas positifs ont été recensés parmi les personnels.

« La situation est assez complexe pour la gestion du personnel, pour assurer la continuité du service, avec des difficultés à recruter sur ce secteur en grande tension », reconnait-on au sein du CCAS de Toulouse, qui gère 18 établissements pour personnes âgées, dont un qui a fait l’objet d’un dépistage en fin de semaine dernière. Si aucun de leurs résidents n’a été touché « grâce au respect de mesures sanitaires du confinement », quatre agents ont toutefois été testés positifs à l’Ehpad Louis Douste-Blazy depuis le déconfinement.

Conseils pour les mesures à prendre

Comme beaucoup, ils ont pu compter sur la plateforme Covid du CHU, qui coordonne les interventions. Ses équipes peuvent aussi prêter main-forte lorsqu’il y a une sous-médicalisation, donner des conseils notamment sur les questions d’hygiène, sur la gestion des stocks d’oxygène ou encore sur la meilleure manière de mettre en place une zone « Covid » pour circonscrire les cas dans une partie de la maison de retraite. « On vient pour les aider, alors quand nous arrivons, nous sommes bien accueillis », explique Véronique Léon.

A ses côtés, Madeleine, gastro-entérologue et volontaire au sein de la protection civile, n’a pas hésité à revêtir la surblouse pour faire des tests PCR. « Il faut faire preuve de solidarité envers les personnes âgées, que les gens aient une prise de conscience », explique cette professionnelle, qui, comme ses collègues doit parfois faire face à des résidents atteints de troubles cognitifs et qui ne comprennent pas toujours pourquoi on leur colle un écouvillon dans le nez.