Coronavirus à Toulouse : Le maintien des terrasses XXL est-il pertinent alors que le virus circule activement ?

COMMERCE La mairie de Toulouse doit décider d’ici à fin septembre si elle maintient les terrasses « Covid » XXL déployées après le confinement. Une mesure soutenue par les restaurateurs mais critiquée par des associations et des riverains

Béatrice Colin

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Pour soutenir les restaurateurs et cafetiers touchés par la crise du coronavirus, en juin, la mairie de Toulouse à fait fermer certaines rues comme celle des Trois-Journées pour étendre les terrasses.
Pour soutenir les restaurateurs et cafetiers touchés par la crise du coronavirus, en juin, la mairie de Toulouse à fait fermer certaines rues comme celle des Trois-Journées pour étendre les terrasses. — B. Colin / 20 Minutes
  • En juin, la mairie de Toulouse a pris un arrêté permettant à plusieurs cafetiers et restaurateurs d’étendre leurs terrasses afin de respecter les règles de distanciation sociale.
  • Une réflexion est en cours pour savoir si cette mesure sera prorogée après le 30 septembre, un scénario auquel les riverains s’opposent critiquant les conditions propices dans certains lieux festifs pour la circulation du virus.
  • Au cours de l’été 59 établissements sur les quelque 350 terrasses XXL autorisées ont reçu un avertissement. Pour les professionnels il ne faut pas stigmatiser la profession à cause de « brebis galeuses ».

« Les terrasses sont surbondées, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le virus, c’est là qu’il circule », peste Noël Raimon. Ce riverain du centre-ville de Toulouse milite depuis des années contre les nuisances sonores, mais cet été c’est le non-respect des règles sanitaires mises en place dans le cadre de l’épidémie de coronavirus qui l’a fait bondir.

Notamment sur certaines des terrasses «Covid» déployées en juin dernier par arrêté municipal pour permettre aux restaurateurs et cafetiers d’espacer leurs chaises et tables sur la voie publique afin de respecter la distanciation sociale entre les clients. Mais depuis la fin du mois d’août, la Haute-Garonne est classée en zone rouge pour la circulation du virus, en particulier chez les jeunes. Alors que le taux d’incidence était de 77 cas positifs pour 100.000 habitants le 21 août, il est désormais de 115,9 dans la Ville rose.

Dans la lignée de l’étude du Centre de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) aux Etats-Unis, certains n’hésitent donc pas à pointer le rôle des restaurants et bars parmi les responsables. Et seraient assez favorables à la non prolongation des terrasses XXL accordées par la mairie. « Nous pensons que la recrudescence de l’épidémie à Toulouse a un lien avec cette extension des terrasses. On a l’impression que le souci économique passe avant le souci sanitaire », déplore Richard Mébaoudj, président de 60 Millions de Piétons 31.

59 avertissements, deux abrogations

Ce dernier assistait mardi à une réunion de bilan sur ces installations provisoires organisée par la mairie. Cécile Dufraisse, l’adjointe au maire en charge de l’occupation du domaine public, voulait se faire une idée du ressenti de chacun avant de reconduire cette mesure au-delà du 30 septembre.

La nouvelle élue ne nie pas qu’il y a eu au cours de l’été quelques établissements qui n’ont pas respecté les règles. « Sur douze semaines, il y a eu 107 rappels à l’ordre, 59 avertissements pour 359 arrêtés autorisant à titre exceptionnel des extensions de terrasses, que ce soit pour non-port du masque, non-respect des distances ou des débordements de terrasses. Il y a eu aussi trois verbalisations pour occupation du domaine public sans titre et deux abrogations d’extension Covid » où les terrasses ont été enlevées », dresse-t-elle en forme de bilan.

La décision de proroger ou non n’est pas encore tranchée mais Cécile Dufraisse a d’ores et déjà demandé à ses équipes de multiplier les contrôles pour éviter les abus. « Une fermeture plus tôt de ces extensions est aussi en réflexion, mais il est certain que le virus ne va pas s’arrêter de circuler à 23 h même si on ferme les terrasses », relève l’adjointe au maire qui avisera aussi en fonction du contexte sanitaire.

Une décision de fermeture anticipée prise déjà dans certaines villes du Sud-Est. Mais que le représentant de l’Etat en Haute-Garonne n’a pas encore envisagé. « Beaucoup de contrôles sont menés, il y a peut-être d’autres mesures à prendre avant celle-ci », explique à 20 Minutes le préfet de la Haute-Garonne, Etienne Guyot.

« Ne pas stigmatiser une profession »

Et ce n’est pas la profession qui va le contredire. « Il n’y a pas plus de diffusion entre midi et 14 h qu’entre 22 h et minuit quand les restaurants et bars appliquent le protocole. Cette mesure a été prise pour que nous gardions la même capacité, pas pour que nous l’augmentions, il ne faut pas croire qu’on a rattrapé la période du confinement, ce qui es t perdu est perdu », insiste Olivier Bouscatel, propriétaire de plusieurs restaurants et membre de la Fédération des artisans, commerçants, professionnels de Toulouse.

Pour lui, cette mesure doit être prolongée, car « cet hiver, on ne pourra pas pousser les murs à l’intérieur de nos établissements ». Sans pour autant laisser passer les abus. « Il y a quelques brebis galeuses, mais plus de 90 % des commerçants ont respecté à la lettre les consignes, il ne faut pas stigmatiser toute une profession. Et si le virus circule, c’est aussi dans la rue, là où rien n’est respecté et qu’on ne peut pas empêcher. Dire que c’est dans les restaurants et les bars, ce sont de fausses accusations », déplore Ivo Daaf, président de l’UMIH de Haute-Garonne, le principal syndicat de la profession.

« Nous sommes d’accord, il ne faut pas pénaliser toute la profession, nous aussi nous allons au restaurant. Nous avons proposé d’agir par zone, d’étudier point par point là où les règles ne sont pas respectées, comme cela existe pour la consommation d’alcool sur la voie publique », avance Nathalie di Pietro, membre de l’association de riverains «Bien Vivre Toulouse Centre».

Cette riveraine d’une place très festive du centre-ville ne cache pas son exaspération sur une autre question sanitaire, celle du port du masque, uniquement obligatoire entre 7 h et 3 h du matin. « Et après 3 h du matin, le Covid est en vacances ? », s’interroge-t-elle. Mais ça, c’est un autre débat.