Des étudiants planchent sur des super levures nutritives à embarquer dans l'espace

SCIENCES L'équipe de huit étudiants toulousains présentera son projet fin octobre à la compétition iGEM 2020, un concours international sur la biologie

Julie Rimbert

— 

Laura Balcells, l'une des membres de l'équipe iGEM 2020 de Toulouse.
Laura Balcells, l'une des membres de l'équipe iGEM 2020 de Toulouse. — Laurène Adam
  • L'équipe toulousaine a eu l’idée de ce projet de levures enrichies permettant de complémenter l'alimentation des astronautes lors de leur mission de longue durée dans l'espace.
  • Les étudiants ont imaginé un système de production de levures nutritives enrichies en provitamine A, utilisant les ressources disponibles dans le vaisseau spatial, comme le CO2 ou l'eau. 
  • Elle présentera son projet à la compétition iGEM 2020, un concours international sur la biologie synthétique.

Des super levures enrichies pour nourrir les astronautes en mission dans l’espace. C’est le projet porté par huit étudiants toulousains (trois de l’université Toulouse III - Paul Sabatier et cinq de l’ INSA Toulouse) qui le présenteront fin octobre à la compétition iGEM 2020, un concours international sur la biologie synthétique organisé par le célèbre Massachusetts Institute of Technology.

Constatant que les aliments embarqués dans l’espace perdent de leur qualité nutritive, notamment les vitamines A qui peuvent chuter en qualité de 30 à 50 % en trois mois, l’équipe toulousaine a eu l’idée de ce projet permettant de complémenter l’alimentation des astronautes lors de leurs missions de longue durée dans l’espace.

Une co-culture levure-bactérie

« Nous avons imaginé un système de production de levures nutritives enrichies en provitamine A, essentielle pour les humains et la vue, explique Laurène Adam, membre de l’équipe de Toulouse. Ce système utilise des ressources disponibles dans le vaisseau spatial, un milieu restreint. C’est une sorte de boîte, composée de deux compartiments comprenant chacun une bactérie et une levure, qui constitue une co-culture, l’innovation de ce projet ». La levure ne pouvant pas se développer seule, la bactérie joue le rôle d’intermédiaire, qui peut, elle, pousser avec des ressources comme le CO2 expiré par les astronautes, le courant électrique, l’eau, les urines.

Et pour joindre l’utile à l’agréable, les astronautes pourront même choisir le goût de leur levure, selon leurs préférences, grâce aux différentes sensibilités à la lumière de la levure. « Nous avons interrogé des astronautes car leur goût change dans l’espace où ils aiment les goûts prononcés, salé, épicé, détaille Laurène Adam. Grâce à des Led autour de la boîte, on peut donner du goût aux levures : la lumière rouge donne un goût rose sucré, la bleue un goût citron. C’est le côté fun du projet ! »

Des applications sur Terre

Cet été, les étudiants toulousains vont plancher sur la production de cette levure en laboratoire pour savoir si la théorie fonctionne bien en pratique. Le projet iGEM 2020 des Toulousains a déjà reçu le soutien de la Commission Recherche de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, de la Fondation INSA Toulouse et du Centre national d’études spatiales.

Et ces super levures pourraient avoir des applications sur Terre, notamment pour des populations en carence en vitamine A. L’équipe toulousaine est d’ailleurs en contact avec l’équipe iGEM 2020 du Ghana pour savoir si leur projet a un réel intérêt nutritionnel.