Toulouse : En taillant 15.000 emplois dans ses effectifs, Airbus pousse-t-il le bouchon trop loin ?

ECONOMIE En annonçant 15.000 suppressions de postes d’ici un an, Airbus a-t-il tablé sur le scénario du pire ? De Bercy aux élus de la région de Toulouse, en passant par les syndicats, l’espoir est que ce chiffre sera revu à la baisse

Hélène Ménal

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Airbus se retrouve dans un grand trou d'air.
Airbus se retrouve dans un grand trou d'air. — Frédéric Scheiber / AP / Sipa
  • Confronté à la pire crise de son histoire, Airbus a annoncé mardi 15.000 suppressions de postes, 11 % de ses effectifs mondiaux, dont 5.000 en France.
  • Le secrétaire d’Etat aux Transports affirme que les dispositifs gouvernementaux pourraient permettre d’en sauver 2.000 en France.
  • L’enjeu est crucial pour Toulouse, où des milliers d’emplois directs et indirects sont en jeu, et où les élus espèrent contribuer à faire baisser le chiffre des dégâts.

« Lourd », « massif », « excessif » même selon Bercy. Dans le ciel noir du monde post- Covid-19, Airbus n’a pas fait dans la dentelle mardi en annonçant un plan de restructuration XXL, prévoyant la suppression de 15.000 postes dans le monde – soit 11 % de ses effectifs –, dont 5.000 en France. Selon Force ouvrière, quelque 3.000 « cols blancs » et 1.830 « cols bleus » sont menacés dans la division aviation commerciale.

Forcément, à l’heure où les compagnies sont exsangues, où le trafic aérien tarde à redécoller, il fallait s’attendre à une catastrophe chez l’avionneur européen, qui a déjà réduit ses cadences de 40 % et, fait historique, n’a enregistré aucune nouvelle commande depuis le mois de mai.

« On a fait des calculs cette nuit »

Guillaume Faury, le patron d’Airbus, a expliqué mardi compter essentiellement sur des départs volontaires, des retraites anticipées et le dispositif de chômage partiel de longue durée du gouvernement. Mais il ne s’engage pas à ce stade sur l’absence de licenciements secs, une ligne rouge fixée par les syndicats.

Alors, ce coup de scie dans 5.000 postes hexagonaux, dont Airbus réserve la « ventilation » aux partenaires sociaux, n’est-il qu’un éventuel scénario du pire ? Peut-il être revu à la baisse d’ici l’été 2021, date où ce plan de restructuration doit être bouclé ?

Le gouvernement, qui a présenté le 9 juin un plan de soutien à l’aéronautique de 15 milliards d’euros (dont 7 pour aider Air France à passer le cap), l’espère. « On a fait des calculs cette nuit », a expliqué ce mercredi matin Jean-Baptiste Djebarri, le secrétaire d’Etat aux Transports sur l’antenne de RMC et BFM TV.

Il table sur le sauvetage de « 2.000 emplois » chez Airbus grâce aux dispositifs publics : 500 par le biais du fonds d’investissement pour le développement de l’avion vert, 1.500 par celui du chômage partiel de longue durée. Alors que Guillaume Faury a calculé, lui, que ce dernier levier ne permettrait de conserver que 1.000 emplois sur les chaînes de production.

Le syndicat FO, majoritaire en France, annonce qu’il veut « diminuer » le chiffre global des départs prévus.

Des élus mobilisés à Toulouse

A Toulouse, où les milieux économiques et politiques étaient dans l’expectative depuis plusieurs semaines, la potion est amère. Notamment parce que la perspective de l’ouverture d’une nouvelle chaîne d’assemblage pour le très long courrier A321XLR, en remplacement de celle de l'A380, est désormais gelée.

Jean-Luc Moudenc (LR), le maire réélu de Toulouse, réitère son « soutien total au monde de l’aéronautique ». « Nos équipes mettront en oeuvre tous les moyens dont elles disposent afin d’atténuer les effets de ce plan sur l’emploi des Toulousains », dit-il. Mardi, juste avant les annonces, l’édile a rendu publique une lettre adressée à Guillaume Faury dans laquelle il s’étonne qu’Airbus ait décidé de sous-traiter la fabrication de nacelles à un groupe américain qui usine en Chine et au Mexique, au détriment du monde industriel toulousain.

Carole Delga (PS), la présidence de la région Occitanie, où 40 % des emplois industriels dépendent de l’aéronautique, est elle aussi en mode combat. Elle annonce pour vendredi un plan de soutien de 100 millions d’euros pour aider la filière, en particulier les sous-traitants, « à tenir le choc des prochains mois » et à innover. Elle prévient qu’elle sera vigilante sur l’accompagnement des salariés touchés.

« Avec cette annonce de suppression de postes, qui s’ajoute à celles déjà faites par des sous-traitants, c’est l’emploi sur notre territoire qui est en danger », s’alarme enfin Georges Méric (PS), le président du conseil départemental de la Haute-Garonne.

De Paris à Toulouse, les élus cherchent désormais des parachutes pour sauver des emplois et amortir l’onde de choc des annonces d’Airbus.