Coronavirus : Le confinement plus traumatisant qu'il n'y paraît pour les enfants selon les premiers résultats d'une étude

ETUDE Lancée il y a un mois par le CHU de Toulouse, l’étude E-COCCON a recueilli pour l’instant quelque 300 témoignages d’enfants de 8 à 15 ans et de leurs parents. Les premiers résultats montrent que le confinement a créé des traumatismes

Béatrice Colin

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Un enfant portant un masque durant la période de confinement.
Un enfant portant un masque durant la période de confinement. — franck castel/MPP/SIPA
  • Il y a un peu plus d’un mois, le CHU de Toulouse a lancé l’étude E-COCCON pour analyses les effets du confinement sur les 8-15 ans.
  • Après avoir recueilli plus de 300 témoignages sur les 500 espérés, les premiers résultats montrent que la proportion de critères de stress post-traumatique est plus importante que prévu.
  • L’étude se poursuit, les parents et enfants voulant témoigner peuvent appeler le 05 34 55 86 73 du lundi au vendredi pour répondre à un questionnaire d’une vingtaine de minutes.

Si moins de 20 patients sont hospitalisés aujourd’hui au CHU de Toulouse pour cause de Covid-19, le coronavirus continue à occuper les personnels soignants. Ou plutôt ses conséquences. Il y a les malades sur qui il a laissé des séquelles respiratoires ou neurologiques, mais aussi beaucoup de personnes qui subissent le contrecoup psychologique.

Le Samu a ainsi pris en charge ces derniers jours plus de patients victimes de décompensation. « Les effets du déconfinement sont mal vécus par une partie de la population. Des patients chroniques ont ainsi décompensé, certains ont peur des gens et ne se trouvaient pas si mal chez eux, enfermés », relève Vincent Bounes, le chef-adjoint des urgences.

Alors que certains ont décidé de lâcher la bride et de fêter la fin de cette ère de privation de liberté – parfois un peu trop –, pour d’autres c’est donc une source d’angoisse et d’anxiété. Un syndrome de la cabane qu’Isabelle Claudet, cheffe du pôle enfant au CHU de Toulouse, a aussi repéré dans les témoignages qu’elle a déjà recueillis dans le cadre de son étude E-COCCON.

Lancée il y a un peu plus d’un mois, elle vise à déceler les effets du confinement chez les 8-15 ans. Si certains ont mis à profit cette période pour devenir des rois de la pâtisserie ou du scrapbooking, pour d’autres ces deux mois enfermés loin de leurs copains n’a pas été une sinécure.

Colères, mauvais sommeil

Pour l’instant, les spécialistes ont reçu 324 témoignages d’enfants et de leurs parents. « Ce qui ressort c’est que cela n’a pas été bien vécu par tout le monde. Il y a une bonne proportion ayant des critères de stress post-traumatique, même s’ils ont eu des bonnes conditions de confinement, qu’ils se trouvaient pour certains dans des maisons avec jardins pour s’aérer », relève Isabelle Claudet qui espère pouvoir inclure encore quelques familles.

Ces dernières répondent à des séries de questions issues d’une grille qui a déjà fait ses preuves dans des études post-catastrophe. « Fais-tu des cauchemars ? » ou encore « Évites-tu de regarder des émissions sur le coronavirus ou même d’en parler ? » font partie de la série.

« Ce stress s’est traduit chez certains par des troubles du sommeil, de la colère ou encore le refus de parler de choses qui rappellent le Covid. D’autres se trouvent bien chez eux aussi et ne veulent plus en sortir. Ce qui nous a surpris, c’est la proportion de critères de stress post-traumatique même si on savait que le confinement était propice », explique la pédiatre qui sait qu’au-delà de 10 jours d’enfermement, les risques sont plus élevés. Sans parler du fait que durant plusieurs semaines, il n’y avait pas de réponse sur un délai de retour à une vie normale.

Les résultats viendront compléter d’ici quelque temps ceux d’autres études lancées à Toulouse et qui s’intéressent au vécu des enfants de moins de six ans ou encore aux effets de ce confinement sur les adultes. Ainsi qu’une autre auprès des résidents des Ehpad qui ont vécu « une douleur morale ». Une matière certainement inépuisable.