Coronavirus : Les syndicats mitigés sur le plan massif de relance pour l'aéronautique

ECONOMIE Malgré le plan massif de 15 milliards d'euros pour la filière aéronautique, les incertitudes sur l'avenir persistent, en particulier chez les sous-traitants

Julie Rimbert

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Un avion A350 lors d'une démonstration en vol.
Un avion A350 lors d'une démonstration en vol. — Pavel Golovkin/AP/SIPA
  • Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé mardi matin un plan de relance de la filière aéronautique de 15 milliards d'euros pour soutenir les entreprises suite à la pandémie.
  • Si les syndicats d'Airbus saluent en majorité ce plan, les représentants des entreprises sous-traitantes le jugent trop flou et craignent pour leur avenir.
  • Mardi après-midi, près de 300 salariés de la société Derichebourg, l'un des sous-traitants d'Airbus, manifestaient contre l'accord de performance et de compétitivité actuellement en discussion avec la direction pour éviter un plan social.

Après les annonces de Bruno Le Maire, qui a présenté mardi matin un plan de relance de la filière aéronautique à hauteur de 15 milliards d'euros, les réactions sont variées en Occitanie, où le secteur représente plus de 100.000 emplois.

Si le syndicat majoritaire chez Airbus salue l’effort de l’Etat et les montants engagés, d’autres représentations syndicales sont plus critiques, en particulier chez les sous-traitants où des plans sociaux sont déjà dans les cartons.

Passer une crise conjoncturelle

Pour Jean-François Knepper, délégué syndical central FO Airbus, le syndicat majoritaire, « ce plan va faire un bien fou à toute la filière aéronautique, notamment les sous-traitants qui sont en grande difficulté concernant leur trésorerie. Cela va permettre de passer cette crise conjoncturelle jusqu’à ce que l’activité revienne, comme on peut le voir actuellement en Chine ». Selon le délégué syndical, l’annonce de ce plan de soutien massif a permis de repousser un comité européen d’Airbus le 11 juin, où des suppressions de postes auraient pu être dévoilées.

Du côté de la CGT, le syndicat minoritaire, l’enthousiasme est plus mesurée et les annonces sur la nécessité du développement de l’avion vert, prônée par le ministre, laissent sceptiques. « Le monde d’après ressemble beaucoup au monde d’avant, sans changement du modèle économique et de la gouvernance, tacle Xavier Petrachi, délégué CGT Airbus. L’Etat annonce des investissements pour l’avion vert mais certains programmes comme l’avion hybride E-FAN-X ont été arrêtés. Est-ce qu’il va y avoir un effet levier pour reprendre ces études et soutenir l’ingénierie ? On ne sait pas à quoi va servir exactement cet argent et qui va en bénéficier ».

Inquiétude chez les entreprises sous-traitantes

Malgré l’insistance du ministre sur les garanties du maintien de l’emploi de la part des grands donneurs d’ordre, les entreprises sous-traitantes du secteur, dépendantes des commandes de l’avionneur, restent inquiètes sur leur avenir. Mardi après-midi, entre 250 et 300 salariés de la société Derichebourg ont manifesté à Blagnac contre l’accord sur la performance et la compétitivité (APC) actuellement négocié avec la direction. Il prévoit la baisse d’environ 20 % des salaires, en ôtant notamment la prime transport, de repas et le treizième mois, pour éviter des licenciements.

Près de 300 salariés de Derichebourg ont manifesté le 9 juin contre l'accord de performance et de compétitivité imposée par leur direction.
Près de 300 salariés de Derichebourg ont manifesté le 9 juin contre l'accord de performance et de compétitivité imposée par leur direction. - J. Rimbert

« Ce plan de relance ne change rien pour nous et est nébuleux car on ne sait pas comment l’argent sera réparti, confie un élu du syndicat Unsa. La direction prend pour prétexte la pandémie pour faire sauter des acquis sociaux et ce plan de l’Etat ne fera pas varier leur calendrier. » La prochaine réunion sur cet APC doit se tenir vendredi.

Si les mastodontes de l’aéronautique semblent rassurés par le plan de relance, les entreprises sous-traitantes ne voient toujours pas leur avenir en rose. « Ce sont des milliards donnés aux banques et aux patrons qui vont décider, via le fonds d’investissement, quel sous-traitant sera rentable ou pas et survivra, pense Gaetan Gracia, délégué CGT aux Ateliers de la Haute-Garonne. Il n’y a pas de garanties ferme sur le maintien de l’emploi. »