Coronavirus en Haute-Garonne: Pourquoi des maires de petites communes disent non à la reprise de l'école

DECONFINEMENT Privilégiant la question de santé, et souvent confrontés à des problèmes de moyens, plusieurs maires de Haute-Garonne ont décidé de ne pas rouvrir les portes de leurs écoles le 11 mai

Béatrice Colin

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Dans une salle de classe.
Dans une salle de classe. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES
  • Ce mardi, en visite dans une école, le Président de la République a indiqué que les maires avaient une certaine souplesse concernant la réouverture des écoles le 11 mai.
  • En Haute-Garonne, certains ont décidé de ne pas rouvrir en prenant parfois un arrêté municipal.
  • Ils évoquent la santé des élèves, mais aussi les questions d’organisation ou des responsabilités à endosser pour ces élus, souvent de petites communes.

« Si j’ai pris cette décision, c’est principalement pour la santé des enfants, pour leur sécurité ». Thierry Toubert, le maire de Ciadoux ne rouvrira pas son école le 11 mai, jour du début de déconfinement. Ce lundi, l’élu de cette petite commune de près de 250 habitants du sud de la Haute-Garonne, a pris un arrêté municipal.

Pas question pour l’édile de faire prendre le moindre risque aux 48 élèves scolarisés dans trois classes différentes, de la maternelle au primaire.

Priorité à la santé

« Nous ne pouvons pas appliquer le protocole sanitaire, c’est trop compliqué à mettre en place. Je ne suis pas opposé à la reprise de l’enseignement, ce n’est pas politique non plus, si toutes les conditions étaient réunies, je ne m’y serais pas opposé. Mais si nous voulons respecter les distances, nos locaux sont inadaptés. Et imaginons que tous les enfants de la classe reviennent, sur quel critère va-t-on choisir », s’interroge le maire, pour qui il était essentiel d’entériner sa décision par un acte administratif.

Même son de cloche du côté de Fos, un village frontalier de l’Espagne. Après concertation avec les parents d’élèves et la direction de l’école, le maire a indiqué que les portes de son école ne rouvriraient pas avant septembre. Dans un courrier adressé à la population, le maire fait valoir la proximité du Val d’Aran voisin où des cas ont été recensés et les allers-retours quotidiens de certains parents de l’autre côté de la frontière pour aller y travailler.

Olivier Guerra, lui, n’a pas opté pour un arrêté, de peur qu’il soit retoqué par le préfet. Mais ce mardi matin, dans une lettre à ses administrés, le maire de Gardouch leur a clairement indiqué qu’il n’y aurait ni cantine, ni activités périscolaires ou Atsem le 11 mai dans l’école de sa commune de l’est toulousain qui accueille 152 enfants. En résumé tous les services facultatifs dépendant des compétences du maire ne seront pas assurés.

« Je mets face à ses responsabilités l’Education nationale et indirectement l’Etat vis-à-vis de la reprise de l’école. Cette reprise c’est une aberration, ce qui prévaut c’est la prudence et le bon sens, surtout quand on sait que le conseil scientifique était contre. On demande à une partie de la population de reprendre le travail, on fait passer la valeur rentabilité avant la santé, moi je ne peux pas l’assumer, c’est la santé qui prime », insiste cet édile du Lauragais.

Et il a fait ses comptes. Pour lui, si l’école reprend la semaine prochaine, cela se fera forcément progressivement et en alternance, ce qui au final ne représentera que neuf jours de classe par élève d’ici aux vacances d’été. « Je préfère prendre le temps de préparer la rentrée de septembre, une grande partie des parents est contre cette reprise. Cette décision, je ne l’ai pas prise à la légère », insiste celui qui dit comprendre aussi ses collègues qui ont décidé de rouvrir.

Responsabilité des maires

Plus d’une école sur trois du département devrait rouvrir la semaine prochaine. C’est en tout cas ce qui remonte du côté de l’Association des maires de France de Haute-Garonne. « C’est compliqué, car il y a plusieurs cas de figure. Des maires sortants, battus ou qui ne voulaient pas se représenter, et se retrouvent à porter une responsabilité lourde, à devoir mettre en place des recommandations complexes. D’autres n’ont pas envie de prendre la responsabilité de voir un enfant attraper le Covid et de devoir gérer le désastre. Il y a une grande majorité qui a envie de rouvrir en pensant à l’école de la République, aux enfants qui décrochent et aux parents qui doivent travailler », pose Jacques Oberti, son secrétaire général, par ailleurs président du Sicoval, la communauté d’agglomération du Sud-Est toulousain.

Sur son territoire, selon les communes, de 30 à 80 % des parents souhaitent voir leurs enfants retourner à l’école. A cette variable, s’ajoute celle de la présence des enseignants, qui n’est pas toujours garantie. « On se dit alors, tout ça pour ça. Nous aurions aimé que les préfets soient cosignataires pour les réouvertures, mais Edouard Philippe a dit que la loi était suffisante, mais elle reste à l’appréciation du juge et il y a des cas où ces derniers ont mis les maires devant leurs responsabilités », insiste Jacques Oberti.

Ce mardi, en visite dans une école, Emmanuel Macron a assuré entendre les maires. « Je comprends leur angoisse, je comprends leurs questions, leurs inquiétudes, mais ils veulent bien faire, il faut leur laisser le temps de bien faire et la souplesse. Le tout c’est que les maires avec leurs directeurs d’école, leurs enseignants, soient sur une position commune concertée et que les parents soient bien informés parce que c’est important que la vie familiale et professionnelle s’organise et que d’ici à la fin de semaine chaque parent soit informé de comment ça marche dans sa commune et dans son école », a souligné le chef de l’Etat.

Reste que pour les représentants des enseignants, cette date du 11 mai est assimilée à « un passage en force ». « Il y a quelqu’un qui a annoncé une date et il faut y aller », déplore Guy-Eric Jacquet du syndicat SNUIPP 31. Ce dernier se demande qui va valider les mesures prises dans le cadre du protocole sanitaire, et en portera la responsabilité. « Nous sommes des quidams en la matière, on a déjà du mal à enrayer les épidémies de poux, alors là. Les collègues sont tiraillés entre l’envie de reprendre et de voir leur classe, car on sait que les élèves ont besoin de revenir à l’école, et la précipitation et l’impréparation dans laquelle cela se fait. On a l’impression que l’on n’est pas parti de la réalité des choses et de ce qu’il est possible de faire », déplore le syndicaliste.

Ce mercredi, un conseil départemental de l’Éducation nationale est prévu. Il devrait permettre d’y voir un peu plus clair, et de savoir quelles écoles rouvriront ou pas dans les 586 communes du département. Et surtout dans quelles conditions.