Toulouse : Les collectifs contre les nuisances aériennes se multiplient et font du bruit

AEROPORT Depuis des mois, la modification de couloirs aériens est expérimentée à Toulouse et impacte de nouvelles populations. Ce qui fait grincer des dents aussi bien au nord de la Ville rose qu’à l’Ouest et au Sud où les riverains multiplient les plaintes et manifestations

Béatrice Colin

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Avion en approche d'atterrissage à Toulouse  (illustration)
Avion en approche d'atterrissage à Toulouse (illustration) — FrŽdŽric Scheiber/20MINUTES
  • Samedi, plusieurs collectifs manifesteront contre la recrudescence des nuisances aériennes autour de l’aéroport Toulouse-Blagnac.
  • L’expérimentation de nouveaux couloirs aériens au nord, mais aussi au sud et à l’ouest, est largement critiquée par de nouvelles populations touchées par le bruit des avions.

En moins d’un an, le nombre de plaintes pour nuisances aériennes a explosé dans l’agglomération toulousaine. A Daux, une commune au nord de la Ville rose, l’association qui mène la fronde a enregistré pas moins de 10.500 plaintes depuis le mois de novembre et organisé une manifestation mardi dernier.

A l’Ouest, le collectif « couloir aérien Plaisance » en dénombre près de 10.000 en quelques semaines. Il appelle ce samedi à une manifestation commune contre les nouvelles trajectoires des avions de l’aéroport de Toulouse-Blagnac expérimentées depuis l’an dernier par la direction de la sécurité de l’aviation civile Sud. Ses membres ont été reçus mercredi par des responsables de la sûreté aérienne.

« Mis devant le fait accompli… »

« Ils nous ont expliqué que cette modification de trajectoire était due à des raisons de sécurité mais aussi de mise en place de navigation par satellite. Nous, nous avons été mis devant le fait accompli et c’est la triple peine car nous avons déjà les vols militaires et de l’aviation d’affaires de Francazal. On n’est pas contre le trafic aérien, mais pas pour qu’on l’enlève de certaines zones aux dépens d’autres », relève Marjorie Bataille du collectif de Plaisance à qui les autorités ont indiqué qu’une nouvelle phase dans la trajectoire s’engageait.

A Lara, Daux et Grenade, au nord de Toulouse le constat est le même, même si le changement de couloir aérien a fait là l’objet  d'une enquête publique l'an dernier, avec pour objectif de survoler une zone moins urbanisée lorsque le vent d’Autan souffle et de soulager une partie de la population de Merville. « A Daux, 34 personnes seulement devaient être concernées par ce changement… On nous a parlé d’expérimentation, au début on nous a dit qu’elle devait avoir lieu de mai à décembre 2019, puis on nous a annoncé que ce serait jusqu’en juillet, puis septembre. Vous croyez qu’en six à neuf mois ils n’ont pas assez de données pour leur expérimentation ? On a le sentiment que la décision est déjà prise », déplore Jean-Marc Sanchez de Daux Environnement.

Comme lui, ils sont nombreux à pester contre cette mesure qui impacte des habitants qui avaient choisi de s’installer sur cette commune en partie parce qu’elle n’était pas survolée par des avions. « Là, à 6 h du matin, on en a toutes les deux minutes. Sans compter les vols d’essai d’Airbus ou encore les compagnies low cost pour lesquelles chaque semaine on annonce une nouvelle ligne. On a des pilotes dans notre association et on sait que des solutions techniques existent, que ce soit au niveau de l’altitude ou de la pente de décollage », poursuit le riverain qui a vu grimper le niveau de décibels au passage des avions.

Des colères que Chantal Beer-Demander entend et connaît bien. Elle préside depuis des années le collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine et se bat pour qu’un couvre-feu soit imposé à l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Son association a aussi vu exploser le nombre de plaintes. « Il y en avait 150 il y a cinq ans et là on va atteindre les 10.000, ce n’est pas que quelques excités. Le problème c’est que la direction de l’aviation civile tâtonne en fonction de projections de populations touchées et pas sur la base de mesures réalisées par des capteurs. Ils font aussi en fonction de celui qui crie le plus fort et la population le découvre après », déplore celle qui préside aussi l’Union française contre les nuisances des aéronefs.

Samedi, son association sera aux côtés des autres collectifs pour demander l’arrêt des expérimentations « et qu’on réfléchisse pour qu’on soit tous gagnants ».

Information lors de changements

En décembre dernier, Etienne Guyot, le préfet de la Haute-Garonne a « demandé que toute évolution des trajectoires fasse l’objet d’une information préalable de tous les maires concernés et que les effets soient mesurés et partagés ».

Lors de cette réunion, le représentant de l’Etat a annoncé le lancement d’une d’approche équilibrée « qui vise à permettre une maîtrise et une atténuation des nuisances sonores générées par le trafic aérien ».