A Toulouse, la parole des victimes d'abus sexuels dans l'Eglise se libère

EGLISE Dans le cadre de son tour de France, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise sera à Toulouse ce jeudi pour entendre les victimes

Béatrice Colin

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Illustration d'un crucifix au sein d'une église.
Illustration d'un crucifix au sein d'une église. — PURESTOCK/SIPA
  • Ces dernières années, de nombreuses affaires d’abus sexuels dans l’Eglise ont été dévoilées.
  • L’an dernier une commission indépendante sur ces abus a vu le jour, certains de ses membres seront à Toulouse ce jeudi pour une réunion publique.
  • De son côté, le diocèse a mis en place une cellule d’écoute qui a pris en charge et accompagné 14 victimes d’abus sexuels.

Il y a près de quatre ans, l’archevêque de Toulouse relevait de ses fonctions le prêtre de la paroisse de Fronton, condamné dix ans plus tôt à cinq de prison pour viol sur mineur de 16 ans.

A cette occasion, Monseigneur Robert Le Gall en profitait pour jouer la transparence et dévoiler que deux autres prêtres de son diocèse avaient déjà été condamnés pour pédophilie. Pour aider et accompagner les victimes, il avait alors instauré une cellule d'écoute pour venir en aide aux victimes et les accompagner.

Depuis l’an dernier, ces dernières peuvent aussi s’adresser à la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE) qui a mis en place un numéro (01 80 52 33 55). Certains de ses membres seront présents ce jeudi soir à Toulouse, à 18 h 30 salle Barcelone, dans le cadre de son tour de France pour « libérer la parole ».

« Il y a les réunions publiques, mais nous réalisons aussi des auditions de façon confidentielle. Depuis sa création, la commission a recueilli 4.500 témoignages par mail, téléphone ou lors de rencontres, nous en avons réalisé 150. Mais tous ne souhaitent pas être entendus en vis-à-vis », précise Alice Casagrande, l’une des 22 membres bénévoles de la CIASE qui sera présente à la réunion.

Besoin d’être entendues, des années après

La grande majorité des personnes qui s’adressent à cette commission ont plus de 50 ans, parfois pour des faits prescrits. A charge de ses membres de mener leur enquête, voir s’il y a traces dans les archives de l’Eglise d’un problème avec le prêtre incriminé, si l’institution a apporté à cette occasion une réponse, ou pas. D’ici l’an prochain, la CIASE devra faire des préconisations pour éviter de nouvelles affaires comme celle du père Preynat dans le diocèse de Lyon.

En attendant, elle recueille les témoignages et oriente les victimes si nécessaires. « Nous avons signalé un certain nombre de cas à la justice, mais toutes les personnes ne souhaitent pas non plus porter plainte. Elles ont besoin d’être entendues, pas forcément de réparation à travers la justice », poursuit Alice Casagrande.

A ses côtés sur l’estrade ce jeudi, Françoise Passuello, directrice de France Victimes 31 viendra apporter son expertise dans l’accompagnement de celles et ceux qui ont subi, parfois durant des années, des actes de pédophilie. « Depuis la création de la commission, nous avons reçu un peu moins d’une dizaine de victimes d’abus sexuels dans l’Eglise sur les 7.000 que nous suivons chaque année. Comme lorsqu’il s’agit d’un oncle ou d’un professeur de sport, nous sommes dans le schéma d’un abus commis sur un enfant sur qui pèse un énorme poids. Avec le fait que ce soit un prêtre il y a encore peut-être plus d’interdits et il y a aussi le poids de l’omerta, parfois celle de l’Eglise lorsque les faits ont été dénoncés, à laquelle s’ajoute celle de la famille », explique cette spécialiste.

14 cas recueillis par la cellule du diocèse

Une omerta dénoncée ces dernières années et qui fait face désormais à des structures comme la cellule d'écoute mise en place par le diocèse et animée par trois laïcs. En un peu plus de trois ans, celle-ci a été sollicitée à 34 reprises, dont 14 fois pour des abus sexuels. « Les personnes qui s’adressent à nous s’adressent à l’Eglise. Elles ne cherchent pas un psychothérapeute, même si des fois elles ont des besoins de cette nature ou d’ordre juridique. Elles ont besoin de savoir ce qui se passe du côté de l’Eglise, pourquoi ça peut être long ou pourquoi ça n’aboutit pas », relève Hervé Gaignard le vicaire général du diocèse.

Sur les 14 cas suivis par la cellule, 70 % concernent des abus ayant eu lieu entre 1940 et 1980, 23 % entre 1980 et 1994, et 7 % des abus depuis 1994. Dans la grande majorité, il s’agissait de cas inconnus jusqu’alors, souvent le prêtre concerné ou le religieux est décédé. « Dans ces cas-là, plus que la procédure, c’est la prise en compte des faits par l’Eglise qui compte pour la victime. La cellule travaille de la réception des victimes, on les accompagne au niveau humain et pour la gestion de la procédure juridique ou canonique, c’est Monseigneur Le Gall qui s’en occupe », poursuit le vicaire général.

L’an dernier, l’archevêque a ainsi reçu en direct des plaintes. L’une concernait un prêtre décédé d’un autre diocèse qui a exercé auprès de jeunes filles dans les années 1960-1970, l’autre contre un prêtre décédé du diocèse de Toulouse qui a abusé d’un jeune garçon dans les années 1950.