Toulouse : Un rapport pointe les risques « d’épuisement collectif » au sein du service de néonatologie du CHU

SANTE Un rapport d’expertise pointe les risques d’épuisement professionnel dus au manque de personnel au sein du service qui prend en charge les bébés prématurés

Béatrice Colin

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Dans un service de néonatalogie d'un hôpital parisien. (Illustration)
Dans un service de néonatalogie d'un hôpital parisien. (Illustration) — Marin DRIGUEZ/SIPA
  • Un rapport pointant les difficultés du service de néonatalogie a été présenté ce mercredi lors d’une réunion du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail du CHU de Toulouse.
  • Au-delà du manque de moyens matériels, il pointe les manques d’effectif et les conséquences sur le travail des personnels soignants.
  • La direction du CHU de Toulouse indique avoir pris en compte cette problématique depuis l’été 2018.

« Sous-effectif », « épuisement collectif », « propos suicidaires ». Le constat dressé par un rapport d’experts sur le service de néonatologie de l’hôpital Paule-de-Viguier, à Toulouse, est plus qu’alarmant. Présenté ce mercredi lors d’une du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), il dépeint un service du CHU de Toulouse au bord du gouffre depuis plusieurs mois dont les personnels déclarent pour les trois quarts « réaliser des actions contraires à leur éthique » et « jugent leur travail mauvais pour leur santé ».

« Nous sommes toujours en manque de personnel et ceux qui viennent en remplacement ne sont pas formés. Il manque du matériel et nous sommes parfois confrontés à des ruptures de stock ce qui nous oblige à devoir quémander dans d’autres services », témoigne une infirmière du service, en poste depuis trente-deux ans.

« Normes pas respectées »

Cette dernière a vu les choses se détériorer au point qu’à l’été 2018, la direction avait été contrainte à fermer des lits « pour garantir la sécurité » des bébés, le personnel en arrêt maladie ou congé maternité n’étant pas remplacé.

« Depuis cela n’a pas évolué, nous sommes toujours en sous-effectif, les bébés n’ont pas la surveillance qu’ils seraient en droit d’avoir et c’est pour eux que nous nous battons », poursuit la soignante qui a tenu à rester anonyme.

« C’est un service qui manque de lits pour les enfants prématurés, et de personnels, ce qui a des conséquences sur la qualité des soins. Selon la norme, en réanimation de néonatalogie il y a une infirmière pour deux bébés, en soins intensifs c’est une pour trois bébés et en soins classiques une pour six. Ce n’est pas du tout respecté or c’est crucial que ce le soit pour les enfants », plaide Pauline Salingue, secrétaire CGT du CHSCT.

Pour être en adéquation avec les recommandations du rapport, réalisé par le cabinet Socio-Scop, il faudrait selon la syndicaliste recruter au moins 14 équivalents temps plein pour faire face aux besoins, mais aussi l’achat de couveuses.

Nouveau chef de service

La direction générale du CHU met en avant le travail réalisé depuis l’automne 2018 qui s’est traduit notamment par l’arrivée le mois dernier du Professeur Jacques Sizun. Cet expert a « pour mission de porter un projet médical réactualisé et d’en définir les axes prioritaires en cohérence avec les enjeux sociétaux, médicaux et démographiques de Toulouse et sa grande région », indique la direction qui se projette sur son projet de « grand hôpital des enfants ».

Concernant le rapport à proprement parler, le CHU déplore qu’il « n’ait pu faire l’objet d’un débat contradictoire » lors de la réunion de ce mercredi.