Toulouse : Ces meurtres ont eu lieu près de chez vous (il y a longtemps)

LA FACE CACHEE DE L'HISTOIRE Avec leurs « Meurtres à la carte », les archives municipales de Toulouse sélectionnent et publient en ligne les enquêtes et dossiers noirs de l’Ancien Régime. Etonnant, parfois sordide, et passionnant

Hélène Menal

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Le visuel des — Rijksmuseum - Amsterdam
  • Tueur récidiviste, expéditions punitives, empoisonnement au vitriol… Cinquante-neuf authentiques faits divers toulousains ont ressurgi en ligne sur le site UrbanHist.
  • Les archives municipales les ont exhumés du précieux fonds de justice criminelle des capitouls.
  • « Meutres à la carte » permet d’arpenter l’histoire en prenant des chemins détournés et très malfamés.

Vous avez vu tous les numéros de Faites entrer l’accusé sans être lassé des autopsies, des cavales et des mobiles tordus. Il y a un autre moyen d’assouvir votre passion secrète pour les faits divers. Direction le site UrbanHist, sur lequel les archives municipales de Toulouse ont eu la riche idée de ressortir les dossiers noirs de la Ville rose.

Les capitouls de l'année 1630 siégeant au petit consistoire de l'Hôtel de ville de Toulouse (le rez-de-chaussée du Donjon). Huile sur parchemin par Jean Chalette.

Pour l’heure 59 meurtres – résolus ou devenus des « cold case » pour l’éternité – sont consultables. Ils ont été exhumés du fonds de justice criminelle des fameux Capitouls, ces élus municipaux, décidément multicartes, qui diligentaient les enquêtes, en jugeaient certaines et prêtaient les murs du Capitole pour les autopsies.

Tueur dépeceur et délits de fuite

Les affaires, toutes géolocalisées sur une carte de Toulouse, histoire de vous donner froid dans le dos la prochaine fois que vous tournerez au coin de votre rue, peuvent être balayées rapidement grâce à des notices succinctes. Mais on peut aussi s’y immerger, en consultant les rapports d’autopsie et des procès-verbaux d’audition parfois surréalistes.

L’occasion de croiser la route du « charmant » Arnaud Julia, égorgeur de cochon de son état, mais aussi tueur dépeceur au sang chaud, et de se dire finalement que la chronique judiciaire de l’Ancien Régime n’était pas si différente de la nôtre.

Charge de pistolet retirée de la nuque d'un certain Joseph Urbain Cailhol en 1786.

Elle avait elle aussi son lot de beuveries qui dégénèrent, de bagarres sans pitié entre bandes rivales, de crimes passionnels provoqués par des infidélités, ou de suicides involontaires qui évitent aux puissants de se retrouver dans la panade. Sans compter les accidents avec délits de fuite. Sauf que ce sont des charrettes qui écrasent les malheureux piétons. « Il faut dire qu’il n’y avait pas de trottoir, c’était un peu comme si aujourd’hui on marchait sur la rocade », relève l'archiviste spécialiste du fonds.

Des châtiments horribles et variés

Autre temps, autres mœurs tout de même. Pour preuve, la triste variété des châtiments infligés, de la pendaison à la roue, en passant par le bûcher, par ordre de gravité du crime, sachant qu’à l’époque un vol était bien plus impardonnable qu’un coup de sang menant à un homicide.

Depuis son lancement en septembre, les « Meurtres à la carte », petites histoires qui permettent d’explorer la grande, n’ont pas séduit que le quidam. « Ils permettent aussi à la communauté universitaire d’exploiter nos données de façon différente », souligne Gaelle Mignot, directrice adjointe des archives municipales. Ses « détectives » s’apprêtent à récidiver avec onze nouvelles affaires et assurent que le fonds est loin d’avoir livré tous ses sombres secrets.