Toulouse : Quand l’université Jean-Jaurès fichait et privait d’accès le personnel trop militant

RETORSIONS Une mission d’inspection a été demandée après la révélation d’un fichage de membres du personnel jugés trop militants à l’université Toulouse Jean-Jaurès. Leur badge d’accès a été reconfiguré

Hélène Menal

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Toulouse, le 26 mai 2015 - Vues générales de l'université Toulouse 2 Jean-Jaurès
Toulouse, le 26 mai 2015 - Vues générales de l'université Toulouse 2 Jean-Jaurès — HÈlËne MÈnal / 20 Minutes
  • Au printemps 2018, l’université Jean-Jaurès a été paralysée pendant deux mois par un mouvement social.
  • Des mails de l’époque ressurgissent et montrent qu’un fichier de 24 membres du personnel ayant participé au blocage a été établi afin de brider leur badge d’accès.
  • La présidence actuelle de l’université demande l’ouverture d’une mission d’inspection.

Ils ont cru à la version du bug informatique qu’on leur a servie. Le 9 mai 2018, après deux mois de blocage mouvementés et la nomination d’un administrateur provisoire, une intervention policière expulse les derniers occupants de l'université Toulouse Jean-Jaurès. A l’occasion de la « rentrée » un peu particulière qui suit, des membres du personnel constatent un dysfonctionnement de leur badge d’accès qui les empêche de rentrer dans certains bâtiments ou salles. Les obstacles avaient une origine plus humaine.

Comme le révèle Mediacités, des échanges de mails datant de mai 2018 et envoyés ce mardi 7 janvier par le syndicat Sud Education à la communauté universitaire du Mirail montrent en effet que trois cadres de l’établissement se sont entendus pour reparamétrer les badges de 24 membres du personnel. Les noms de cette « liste noire » ont été choisis textuellement « au regard de leur engagement dans le mouvement de blocage de l’université ».

Depuis que cette petite bombe a éclaté, la présidence actuelle de l’université a réagi dans un communiqué. Elle y rappelle qu’elle n’était pas aux responsabilités au moment des faits et qu’elle en a pris connaissance le 7 janvier « au même titre que l’ensemble des membres du personnel ».

« Afin d’établir avec précision les faits en cause et de les qualifier, elle a adressé une saisine auprès de Mme la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation afin que celle-ci diligente une mission d’inspection », ajoute-t-elle avant de rappeler son « attachement au pluralisme des opinions politiques et syndicales au sein de l’université ».

De possibles suites judiciaires

« C’est inadmissible que des listes noires soient constituées à la suite d’un mouvement social et que du personnel soit fiché de la sorte. Les gens concernés sont sous le choc », témoigne auprès de 20 Minutes un personnel, syndiqué Sud Education, de l’université. La CGT Educ’Action dénonce, elle, « une atteinte grave au droit de grève, à la liberté d’expression et au droit de se syndiquer ».

Au-delà de l’enquête administrative diligentée, l’affaire pourrait connaître d’autres rebondissements. Les membres de la liste noire cherchent une « réponse collective » et « n’excluent pas de saisir la justice ».