Haute-Garonne : Dix-sept collèges touchés au porte-monnaie pour les inciter à faire des efforts en matière de mixité

EDUCATION Depuis la rentrée scolaire, le dispositif d’incitation financière pour améliorer la mixité sociale dans les collèges est appliqué. On dénombre 57 « bons élèves » alors que 17 autres ont vu leur dotation baisser, dont 16 dans le privé

Béatrice Colin

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Illustration d'un collège de Haute-Garonne.
Illustration d'un collège de Haute-Garonne. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Le conseil départemental de Haute-Garonne a voté il y a deux ans un programme pour améliorer la mixité sociale dans les 117 collèges.
  • Depuis la rentrée, les collèges dont le taux d’élèves défavorisés est au-dessus de 25 % bénéficient d’une bonification d’une part de leur dotation, d’autres l’ont vu diminuer.
  • Si 57 établissements ont bénéficié d’un « bonus » allant de 5 à 9 euros par élève, 17 l’ont vu baisser, quasi exclusivement dans l’enseignement privé sous contrat.

Dans certains collèges de Toulouse, le taux d’élèves issus de milieux défavorisés approchait en 2017 les 80 % quand il ne dépassait pas les 5 % dans d’autres établissements, tous privés. Pour enrayer ce phénomène de ghettoïsation, le conseil départemental a lancé il y a deux ans un dispositif pour améliorer la mixité sociale.

Pour que cela soit vraiment incitatif, la collectivité a décidé de toucher les établissements au niveau du portefeuille.

Alors que tous touchaient jusqu’à l’année dernière 54 euros par élève pour la part éducative de la dotation de fonctionnement, depuis la rentrée dernière, certains d’entre eux ont vu ce montant bonifié de 5 à 9 euros par élève, quand d’autres ont vu le leur baisser de 6 à 10 euros.

17 « malus », dont 16 dans le privé

Cette modulation doit permettre aux établissements accueillant plus de 25 % d’élèves issus de familles défavorisés d’avoir « les moyens de réaliser des projets éducatifs et culturels ambitieux susceptibles de corriger les inégalités et le déterminisme social », avance le conseil départemental.

Sur les 96 collèges publics de Haute-Garonne, 56 ont bénéficié d’un bonus, un a été frappé de malus et les 39 restants n’ont pas vu leur dotation bouger. Dans le privé, la proportion est inverse. Sur les 21 collèges, 16 ont perdu de 6 à 10 euros par élève, un seul a touché un bonus et quatre ont continué à percevoir les 54 euros.

Trois ans pour changer la donne

« Nous valorisons ceux qui jouent le jeu. Nous avons indiqué que ce dispositif financier allait s’appliquer progressivement sur trois années, certains ont peut-être pensé qu’ils avaient du temps. Ils ont encore deux ans pour améliorer leur taux de mixité sociale. De notre côté, nous travaillons sur la sectorisation pour introduire des familles moins favorisées dans des établissements où le taux est plus faible », plaide Marie-Claude Leclerc, vice-présidente chargée de l’éducation au sein du département.

Au sein d’un comité de suivi, elle travaille avec les instances académiques, les fédérations de parents d’élèves, les élèves ainsi que les représentants de l’enseignement catholique. En particulier son directeur diocésain, Charles Hervier, qui doit tenter de faire infléchir la donne dans chaque collège privé sous contrat, même si les directeurs d’établissement restent maîtres à bord

Tarification en baisse

« Pour accueillir de nouvelles populations, il faut aussi que nous ayons de la place. Beaucoup d’établissements du centre-ville ont une marge réduite car ils intègrent d’abord les élèves de CM2 des écoles de l’enseignement catholique. C’est là, en amont, dans le premier degré, que le travail sur la mixité sociale doit s’engager. En 2021, nous prévoyons ainsi d’ouvrir une école dans le quartier des Izards », relève Charles Hervier pour qui cette problématique s’avère uniquement toulousaine.

Pour intégrer des élèves issus de milieux plus défavorisés, une tarification différenciée a été mise en place dans tous les collèges privés sous contrat, à l’exception d’un seul. « Une campagne de publicité dans le métro est lancée pour dire que nos établissements sont ouverts à tous. Certaines familles pensent que l’enseignement catholique est cher, or dans trois d’entre eux, la première tarification est à 10 euros par mois pour les boursiers », avance ce responsable. Malgré cela, beaucoup de personnes ne franchissent pas le pas.