Toulouse : Trois hommes sont morts dans la rue en dix jours, les travailleurs sociaux tirent la sonnette d’alarme

SOCIAL Trois hommes sans abri ont été retrouvés morts au cours du mois de novembre. Un collectif de travailleurs sociaux tire la sonnette d’alarme sur la question de l’hébergement d’urgence

Béatrice Colin

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Un sans abri dans une rue du centre ville.
Un sans abri dans une rue du centre ville. — Fred.Scheiber
  • Trois hommes sans abri de 32, 45 et 50 ans sont morts dans les rues de Toulouse entre le 4 et 14 novembre.
  • Le Groupement pour la défense du travail social, dont les membres œuvrent au quotidien pour les personnes à la rue, a décidé de dénoncer la situation, notamment sur le nombre de places d’accueil en hébergement d’urgence.
  • Les services de l’Etat et la mairie annoncent l’ouverture de places en gymnase et d’hébergement d’urgence, ainsi que le déploiement de maraudes dans les squats.

Ils sont morts dans l’indifférence générale. Trois hommes sans abri, âgés de 32, 45 et 50 ans, sont décédés dans les rues de Toulouse, entre le 4 et 14 novembre. L’un d’entre eux, amputé des deux jambes, a été retrouvé sur son fauteuil roulant, au bord du Canal du Midi. Un autre, employé municipal en disponibilité, se trouvait sous le pont de la médiathèque où il dormait lorsqu’il a été retrouvé sans vie.

« Ils ne sont pas morts de froid mais d’usure d’une vie à la rue. Toutes ces personnes avaient fait des tentatives pour demander des hébergements, mais tous se sont résignés et ont arrêté d’appeler car après avoir passé des heures à appeler le 115, quand on leur répond, c’est pour leur dire qu’il n’y a pas de place », déplore Annabelle Quillet du Groupement pour la défense du travail social (GPS).

Le 115 saturé

Pour ces travailleurs sociaux, le taux de réponse du 115 parle de lui-même : en 2018, 95 % des appels ont été rejetés ou dissuadés et en moyenne il enregistre 245 demandes d’hébergement par jour.

« Le temps pour décrocher n’est pas optimal, il y a beaucoup de demandes et les opérateurs passent un certain temps avec les personnes. Il y a aussi un certain nombre de personnes qui n’appellent pas et nous devons aller vers elles, dans les squats grâce à des maraudes », assure Daniel Rougé, l’adjoint au maire chargé de la prévention et de l’exclusion.

Selon lui, les trois hommes décédés en novembre étaient suivis par les équipes médico-sociales ou la brigade Action Médiation et Insertion (AMI). Pour aller plus loin, et notamment vers les quelque 760 personnes qui n’appellent plus le 115 selon un recensement fait le 15 février dernier par la mairie et des associations, de nouvelles maraudes vont être déployées sur le terrain, notamment dans les squats.

« Mais si après elles ne sont pas prises en charge, ça ne sert à rien. Aujourd’hui on dit que les personnes à la rue qui n’appellent pas veulent garder leur liberté, c’est faux, on les rend responsable de leur situation alors que ce sont les oubliés du système. Nous avions ouvert il y a quelques années la maison Goudouli pour les grands précaires, et ils sont venus », rappelle Annabelle Quillet.

Places ouvertes dans un gymnase en décembre

Les services de l’État indiquent de leur côté que 120 places vont être ouvertes dans des gymnases et lieux de mise à l’abri au cours de la première quinzaine de décembre. Des places d’hébergement pour les familles vont aussi être réservées dans le parc privé ou social et 350 places d’hébergement d’urgence à destination des familles sont en cours de création.​

« En 2019 en Haute-Garonne, on dénombre 2.300 personnes hébergées et accompagnées par des associations financées par l’État, dont 1.600 sur des places d’urgence. En outre, l’État mobilise 1.300 places pour mettre à l’abri en urgence des familles à l’hôtel, le temps de leur trouver une orientation plus adaptée à leur situation », indique la préfecture de la Haute-Garonne.