Toulouse : Face à la montée des violences, les pompiers sont désormais équipés de caméras

SECURITE Les pompiers toulousains sont équipés depuis dix jours de caméras piétons qu’ils déclencheront lorsqu’ils se trouvent dans des situations à risque pour leur sécurité

Béatrice Colin

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Les pompiers des centes de secours Vion et Lougnon vont être équipés de caméra, déclenchée lors de situations à risque.
Les pompiers des centes de secours Vion et Lougnon vont être équipés de caméra, déclenchée lors de situations à risque. — B. Colin / 20 Minutes
  • Entre 2017 et 2018, les agressions de pompiers ont augmenté de 47 % en Haute-Garonne.
  • Pour endiguer ce phénomène, les pompiers en intervention sont équipés de caméras-piétons, qu’ils peuvent déclencher lorsqu’ils se sentent en danger.
  • Ce dispositif est plus un moyen de dissuader l’agresseur de passer à l’action, même si les images peuvent servir dans le cadre des plaintes.

Il y a quinze jours, les pompiers étaient sollicités par des proches d’un habitant de Grenade qui ne donnait plus de ses nouvelles. A leur arrivée, ce dernier était bien vivant, mais très agressif, au point d’émettre des menaces de mort à l’encontre de ceux venus le sauver.

Des agressions, aussi bien physiques que verbales, en constante hausse ces dernières années. En 2018, 28 ont ainsi fait l’objet de plaintes, soit une hausse de 47 %. Et depuis le début de l’année, 23 incidents ont déjà été recensés.

« Et ce n’est pas forcément qu’un phénomène urbain, ce n’est pas non plus cantonné aux quartiers sensibles comme on pourrait le penser. Ce sont souvent les victimes secourues elles-mêmes qui agressent, ou bien leurs proches », souligne le colonel Christophe Landrieau, directeur adjoint du service départemental d’incendie et de secours qui porte plainte à chaque fois.

Face à cette recrudescence, le SDIS 31 a décidé d’être volontaire pour expérimenter l’utilisation de caméras-piétons, comme dix autres départements français. Depuis dix jours, les casernes Vion et Lougnon de Toulouse sont donc équipées, chacune, de cinq caméras.

Dix caméras pour dissuader

« Ces deux centres de secours réalisent au total 20.000 des 55.000 interventions du département chaque année. Ce sont les deux plus gros, donc leurs pompiers sont les plus impactés par des insultes, des menaces de mort des crachats ou des agressions physiques », justifie le lieutenant-colonel Christophe Ghiani qui dirige la caserne des allées Charles-de-Fitte.

Pour ce dernier, l’arrivée de la caméra-piéton vient compléter ce qui existe déjà pour sécuriser au quotidien les interventions des pompiers : que ce soit l’assistance des policiers dans certaines situations, la sensibilisation des plus jeunes lors d’intervention dans les écoles ou encore la formation de ces professionnels pour arriver à prendre en charge des personnes « complexes ».

Pour l’instant, aucune n’a encore servi. Fixée sur un harnais sur le torse de l’un des pompiers intervenant, « la caméra est déclenchée à partir du moment où l’on sent que ça peut déraper, nous prévenons alors la personne. Notre objectif n’est pas de filmer mais bien de faire baisser la pression », indique le chef de garde de la caserne Lougnon, Helder Dos Santos, l’un des deux pompiers à avoir porté le projet.

« Beaucoup de personnes sont rentrées chez les pompiers pour aider les gens, pas pour se faire agresser. Porter une caméra ne fait pas partie de notre ADN, la porter c’est un moyen de s’adapter pour éviter l’agression », appuie son binôme dans ce dossier, le lieutenant Rémi Petitjean.

Si la volonté est d’en faire un outil de dissuasion, les enregistrements pourront, eux, servir à l’enquête. Les images seront conservées six mois et ne pourront être accessibles que sous certaines conditions.