Municipales 2020 à Toulouse : Pourquoi la troisième ligne de métro est aussi une redoutable arme électorale

TRANSPORTS Officiellement validée mercredi, la très populaire troisième ligne de métro toulousaine est un des principaux arguments de campagne du maire sortant qui s’en sert aussi pour mettre ses adversaires en difficulté

Hélène Ménal

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Vue d'artiste de la 3e ligne de métro de Toulouse.
Vue d'artiste de la 3e ligne de métro de Toulouse. — Tisseo
  • Longue de 27 kilomètres et estimée à 2,7 milliards d’euros, la troisième ligne de métro de Toulouse est officiellement lancée depuis ce mercredi.
  • Présenté comme consensuel et écolo, incontestablement populaire, ce projet est l’argument électoral massue du maire sortant dans sa campagne pour les Municipales 2020.
  • Il s’en sert régulièrement pour mettre ses adversaires dans l’embarras.

Adjugée ! La troisième ligne de métro toulousaine, qui avec ses 27 km doit être aussi longue que les deux premières réunies, n’est plus un projet futuriste sur des plaquettes en papier glacé. Ce mercredi, dans un vote quasi unanime et dépassant les courants politiques, les élus de Tisséo Collectivités ont validé cette gigantesque opération à 2,7 milliards d’euros intégrant aussi le prolongement de la ligne B vers Labège. Avec la promesse d’une mise en service en 2025.

En six ans « l’intuition » du candidat Jean-Luc Moudenc (LR) – qui introduisait à l’époque une ligne « modeste » et toulousaine à 1,7 milliard dans son programme – est devenue le projet phare du maire candidat à sa réélection qu’il est devenu. La ligne allant de Colomiers à Labège est populaire, l’enquête publique l’a prouvé, et il ne se prive de surfer sur ses rames.

Ni de gauche, ni de droite

La ligne Toulouse Aerospace Express (TAE) permet d’abord au maire de Toulouse de travailler son image de bâtisseur consensuel : le projet a forcément été voté des deux mains aux deux terminus, par Karine Traval-Michelet, la maire PS de Colomiers ou Jacques Oberti, le président de gauche du Sicoval. Seul l’élu vert du Sicoval, Henri Arévalo, s’est abstenu, en déplorant que la TAE obère la possibilité de financer d’autres projets.

Ensuite, cet atout dans son jeu donne l’opportunité à Jean-Luc Moudenc de verdir son image. « Elle va éviter la consommation de 20 millions de litres de carburant par an. Ce projet est tout simplement le plus écologique que l’on ait vu dans la région », s’enthousiasme son fidèle lieutenant Jean-Michel Lattes, aussi président de Tisséo. D’ailleurs mercredi, avec la présentation des derniers réglages (un tunnel plutôt qu’un viaduc au sud des pistes de l’aéroport, une station déplacée à François-Verdier, un parking très réduit aux Sept-Deniers) ont donné lieu à une traduction en « arbres épargnés ». 497 exactement.

Sans moi, pas de métro

Enfin, au cas où ces messages subliminaux ne passeraient pas, l’édile transforme la TAE en épouvantail pour ses adversaires. « J’émets le souhait que tout ce travail très collectif soit validé par les urnes de mars prochain, a glissé le maire avant le vote, fustigeant « l’idée de scinder » sa construction en deux « qui condamnerait à six ans d’inertie ». Cette dernière pique est pour l’écologiste Antoine Maurice, tête de liste de la liste citoyenne Archipel où la TAE fait vraiment débat. La socialiste Nadia Pellefigue a pour l’instant évité l’écueil en assurant qu’elle ne remettra le projet en question.

Mais la deuxième lame est pour le conseil municipal de vendredi. Pour « que les choses soient claires », Jean-Michel Lattes va émettre le vœu « de la construction intégrale en une seule fois » de la ligne. Un vœu que le n° 1 de Tisséo va se demander à lui-même d’exaucer donc. Mais qui va obliger Antoine Maurice ou les futurs colistiers de Nadia Pellefigue à se prononcer. Histoire de les mettre dans l’embarras.