Toulouse : Plus de 500 habitants du squat de Muret craignent l’expulsion

SOCIAL Les occupants d’un squat illégal de l’avenue de Muret, à Toulouse, demandent des solutions de relogement pérennes

Béatrice Colin

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Le squat de l'avenue de Muret, à Toulouse, accueille plus de 500 personnes.
Le squat de l'avenue de Muret, à Toulouse, accueille plus de 500 personnes. — B. Colin / 20 Minutes
  • Depuis mai, plus de 500 personnes occupent les anciens locaux d’Enedis, avenue de Muret, à Toulouse.
  • Sous le coup d’un ordre d’expulsion depuis le 29 mai, les occupants illégaux demandent des solutions de relogement ou la possibilité de rester in situ durant l’hiver.
  • Selon la préfecture, une évaluation administrative est toujours en cours.

De la rue, ce sont de simples bâtiments de bureau en brique rouge comme il en existe tant à Toulouse. Mais derrière les fenêtres, dans l’enceinte de cet ensemble immobilier qui accueillait il y a quelques années encore les salaries d’Enedis, plus de 500 personnes y vivent.

Au sein de ce squat de l'avenue de Muret, ouvert en mai, près de 22 nationalités cohabitent. Il y a des familles, comme ce père qui rentre avec son enfant de l’école, des étudiants étrangers mais aussi de simples salariés qui n’ont pas trouvé à se loger ailleurs.

Samba, lui est étudiant à l’université du Mirail. Il vit dans un des bureaux reconverti en chambre. Il passe le maximum de son temps à la bibliothèque pour éviter de se retrouver dans cet endroit. « Je ne m’attendais pas à ça, je n’ai pas pu avoir de chambre universitaire », explique le jeune homme. Il a pourtant fait valoir son Droit à l’hébergement opposable (Daho) devant le tribunal administratif et a obtenu gain de cause.

« La préfecture a une injonction et aurait dû le reloger depuis au moins trois semaines, mais elle ne le fera pas car elle explique qu’elle n’a pas de places. Elle a déjà été ainsi condamnée plusieurs fois », assure un membre du collectif Droit au logement.

Rester cet hiver

Minsha, elle, a fait en vain des demandes de logements sociaux. « Je vais de CDD en CDD dans un service public et je n’arrive pas à avoir de logement. On est dans l’illégalité, on le sait, mais on ne peut pas faire autrement », assure cette Française qui déplore qu’on « nous fasse passer pour des animaux ». Elle ne se voile pas non plus la face et sait que parmi ceux qui vivent là, certains sont des marchands de sommeil qui profitent de la situation précaire pour sous-louer des pièces.

Pour endiguer ces phénomènes, certains habitants se sont organisés en collectif et ouvrent les portes à la population ce samedi. « On a créé ce squat pour être à l’abri. Où allons nous partir demain si nous sommes expulsés. Beaucoup de personnes ici sont dans des procédures administratives et chaque jour on a peur de devoir déguerpir. On demande à rester durant l’hiver. Le 115 est saturé et si on est expulsé, ce sera 500 personnes à la rue qu’on ne sera pas en capacité d’héberger », plaide Abdulaye.

Evaluation administrative en cours

Depuis le 29 mai, le squat est sous le coup d’une mesure d’expulsion sur demande de la société Enedis. Pour l’heure, « la situation de chaque personne est étudiée en amont de l’évacuation », indique la préfecture qui a missionné France Horizons pour recenser les personnes présentes et « déterminer leurs droits et en fonction d’orienter les demandeurs d’asile vers le dispositif national d’accueil et de délivrer à ceux qui sont concernés une obligation de quitter le territoire français ».

Si « le travail d’évaluation social est terminé » selon les services de l’Etat, « l’évaluation administrative est quant à elle toujours en cours. Chaque situation fera l’objet d’une attention particulière et l’orientation sera adaptée au regard du droit », assurent-ils.