Toulouse : Des légumes cultivés en pleine ville, au pied des logements sociaux

REPORTAGE Après les avoir expérimentés durant deux ans sur deux sites en pleine ville, le bailleur social Toulouse Métropole Habitat va développer ses jardins potagers en pied d’immeubles

Béatrice Colin

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Au sein d'une résidence sociale, près de 1.000 m2 sont cultivés, la reproduction est consommé par les habitants.
Au sein d'une résidence sociale, près de 1.000 m2 sont cultivés, la reproduction est consommé par les habitants. — Toulouse Métropole Habitat
  • Depuis deux ans, Toulouse Métropole Habitat expérimente sur deux de ses résidences des jardins potagers.
  • Ces sites d’agriculture urbaine sont exploités par des maraîchers professionnels et l’un d’eux produit plus d’une tonne de légumes, distribuée gratuitement aux résidents.
  • Cette initiative a valu à Toulouse Métropole Habitat le prix de l’innovation HLM l’an dernier. En 2020, le bailleur social va développer ces jardins potagers dans d’autres résidences.

Les fèves connaissent en ce moment un certain succès au jardin potager de La Vierge, situé près du chemin Lapujade, à Toulouse. Claude et Jeanine, deux retraitées, avouent en raffoler, tout comme les tomates ou encore les haricots. Comme les autres locataires de cette résidence de 116 logements sociaux, elles n’ont qu’à se baisser pour les ramasser.

De temps en temps, elles donnent même un petit coup de bêche pour prêter main-forte à Guillaume Chochon, Romain Bouville ou Bertrand Desgranges, chargés de faire vivre ce lopin de terre en plein cœur de ville. Depuis deux ans, le bailleur social Toulouse Métropole Habitat a confié aux trois co-fondateurs de «la Milpa» le soin de créer une zone maraîchère en lieu et place des pelouses vertes qui entourent ces barres d’immeubles.

1 à 1,5 tonne de légumes par an

Ce mercredi, tous trois étaient affairés à semer des pois mange-tout et à enlever les mauvaises herbes entre les pousses de radis noirs, les rangées de blettes et celles de salades.

« Nous nous occupons de la conception du jardin potager, nous les entretenons, de la graine à la récolte. Ici, elle est complètement libre, il n’y a pas de répartition entre habitants, l’important c’est qu’il y ait le moins de gâchis possible, que chacun prenne ce dont il a besoin », avance Bertrand Desgranges.

Au fil des saisons, à leurs côtés, les habitants ont appris à distinguer les différentes variétés de légumes, à en apprendre plus sur les méthodes d’agriculture urbaine, de l’agroécologie à la permaculture, le tout sans utiliser de pesticides. Ils ont aussi pu faire des économies en se procurant des légumes gratuitement.

« Nous produisons ici 1 à 1,5 tonne de légumes par an sur une parcelle de près de 1.000 m2. Mais ça ne peut pas nourrir tout le monde, ce n’est pas le but. L’idée est aussi d’aller au-delà de l’espace ludique », poursuit le maraîcher professionnel.

Jeanine, elle, y voit « un plus ». « C’est convivial, ils nous préparent des petits paquets que l’on peut distribuer aux personnes de la résidence qui ont du mal à se déplacer », insiste la locataire. Contrairement aux jardins partagés, elle n’a aucune obligation à entretenir les rangées de légumes ou les arbres fruitiers. Son seul impératif est de consommer ces produits locaux et parfois de découvrir de nouvelles saveurs comme ces enfants qui ont pu pour la première fois manger des petits pois frais.

Réduction des charges

Pour le bailleur social, c’est donc un moyen d’améliorer la qualité de vie et l’environnement, mais aussi de faire faire des économies à ses habitants. « Nos résidences ont beaucoup d’espaces verts que nous entretenons, cela permet de les occuper et de réduire les coûts, notamment pour les locataires qui ont vu baisser leurs charges d'entretien de 15 % », affirme une porte-parole de Toulouse Métropole Habitat qui expérimente ce dispositif aussi dans le quartier des Izards. Ce qui lui a valu l’an dernier un prix au trophée de l’innovation HLM 2018.

Et vu le succès, il a décidé de le développer à d’autres résidences de la métropole au cours de l’an prochain. Un élan pour une agriculture urbaine qui séduit aussi désormais les promoteurs privés puisque certains de l’agglomération ont, eux aussi, décidé de réserver des parcelles au maraîchage.