Procès Sophie Masala : « Comme un dédoublement de la personnalité, on ne sait pas ce que l’on fait »

PROCES Au troisième jour du procès de Sophie Masala, des zones d’ombre persistent autour de la mort de sa victime, Maryline Planche

Béatrice Colin

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Le 23 janvier, lors de la reconstitution du meurtre du meurtre de Marilyne Planche, tuée et démembrée par sa collègue de travail, Sophie Masala.
Le 23 janvier, lors de la reconstitution du meurtre du meurtre de Marilyne Planche, tuée et démembrée par sa collègue de travail, Sophie Masala. — B. Colin / 20 Minutes
  • Le procès de Sophie Masala, « la démembreuse du canal », s’est ouvert ce lundi devant les assises de la Haute-Garonne pour une semaine.
  • Cette quinquagénaire est accusée d’avoir, en mai 2016, tué puis démembré Maryline Planche, sa collègue de travail au sein de l’Agefiph.
  • Ce mercredi, les médecins légistes sont revenus sur les circonstances effroyables de sa mort.

Difficile d’échapper aux détails effroyables qui ont suivi la mort de Maryline Planche. Ce mercredi, au troisième jour du procès de Sophie Masala, la cour d’assises de la Haute-Garonne a pu entendre les médecins légistes qui ont effectué l’autopsie du corps démembré de la victime.

Une tâche qui s’est avérée compliquée, certaines parties ayant baigné dans les eaux du canal du Midi. Sans compter la putréfaction due au temps. Car si Maryline Planche a été tuée chez elle le 12 mai 2016, Sophie Masala n’est revenue que cinq jours plus tard pour achever son funeste dessein.

Entre-temps, elle s’était rendue au rayon bricolage d’un supermarché pour acheter une scie, des sacs-poubelle et un désodorisant. Des achats peut-être même réglés avec l’argent de sa collègue de l’Agefiph à qui elle a volé sa carte bleue, ainsi que le code.

Mort immédiate ou agonie ?

Quand lui a-t-elle extorqué ? C’est la question que se pose Georges Catala, l’un des avocats de la famille Planche. Est-ce qu’elle l’a fait avant d’avoir frappé sa victime ou durant son agonie ?

Car c’est l’une des zones d’ombre soulevées par l’autopsie. Si les coups qu’elle a reçus au visage peuvent être à l’origine de la mort de Maryline Planche, « on ne peut pas affirmer que le décès a été immédiat », a indiqué à la barre Frédéric Savall, médecin légiste à l’hôpital Rangueil.

L’une des lésions trouvée sur un bras sème le doute. « Il y a eu quatre à six heures entre cette lésion et l’agonie profonde ou la mort », précise sa collègue anatomopathologiste.

Un travail macabre qui a duré « des heures »

« Si le Samu est appelé, est ce qu’il y avait une possibilité de soins ? », interroge alors le président de la cour, Michel Huyette. « Nous n’avons pas idée des lésions cérébrales, ce n’était pas interprétable vu l’état du cerveau », répond l’experte. « Dans ce type de cas, peut-on sauver la personne ? », poursuit-il. « Tout a fait », lui répond-elle.

Ce n’est pas le choix fait par l’accusée. Après lui avoir tailladé les veines pour mettre en scène un suicide, elle a finalement décidé de démembrer sa collègue de travail. Puis d’aller jeter les membres dans le canal du Midi. Excepté la tête conservée chez elle.

Selon l’anthropologue interrogée par la cour, il a fallu « des heures » pour désarticuler et découper les parties du corps. Un « travail physique et éreintant », poursuit-il en répondant aux avocats de la partie civile. Lorsque le président l’interroge sur la dispersion des sacs, Sophie Masala répond : « C’est comme si on avait un dédoublement de la personnalité, on ne sait pas ce que l’on fait ».

Des clés et des dossiers

Un avis loin d’être partagé par les parties civiles pour qui Sophie Masala s’est rendue chez sa collègue pour « la dépouiller », plaide Georges Catala. Elle se trouvait dans l’appartement de sa victime lorsque celle-ci est rentrée en fin de matinée d’un rendez-vous chez un ophtalmologue.

Selon les dires de Sophie Masala, c’est Maryline Planche qui lui avait confié les clés. C’est une autre version que leur collègue de l’Agefiph, Mathieu B., donne. La victime les avait égarées quelques semaines plus tôt, juste avant de partir en arrêt maladie pour se faire opérer des yeux. « Et il n’y a aucune chance qu’elle ait pu lui prêter les clés de chez elle, aucune », tranche-t-il. Ni même qu’elle l’ait reçue chez elle comme le soutient la défense.

« Il n’est pas question de préméditation, Sophie Masala explique qu’elle est allée chez Maryline Planche pour récupérer les clés de son appartement qu’elle lui avait confiées. A cette occasion, elle a vu des dossiers de l’Agefiph et a demandé des explications. Elle dit qu’après la situation a dégénéré, ce qui est la thèse la plus vraisemblable », assure son avocat, Pierre Dunac.

Pour Mathieu B., il est peu probable que ce soit Maryline qui ait ramené ces dossiers chez elle. « Il est interdit d’en emporter à la maison, tout se fait par saisie sur ordinateur, cela ne sert à rien. Avant de partir en arrêt maladie, certains de ses dossiers avaient disparu de son bureau, je les ai cherchés avec elle partout », assure-t-il. Alors, comment sont-ils arrivés à son domicile ? Sophie Masala les a-t-elle amenées pour justifier son emportement ? Une question de plus à éclaircir.