Toulouse : La galère des habitants des Pradettes, un quartier déserté par les médecins

SOCIETE En Haute-Garonne, les déserts médicaux ne sont pas toujours où l’on croit. Dans le quartier des Pradettes à Toulouse, consulter est devenu un vrai parcours du combattant

Hélène Menal

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Dans le cabinet d'un médecin généraliste. Illustration.
Dans le cabinet d'un médecin généraliste. Illustration. — Valinco - Sipa
  • Une étude livrée mardi montre que les médecins de Haute-Garonne ont de plus en plus de mal à trouver un successeur.
  • La désertification médicale ne se cantonne pas aux zones rurales.
  • A Toulouse, le quartier des Pradettes est passé de 10 à 1,5 praticien généraliste en 10 ans. Certains de ses habitants galèrent vraiment pour se soigner.

Les Pradettes ne sont pas l’Ariège, loin de là. Pourtant dans ce quartier en partie pavillonnaire de l’ouest de Toulouse, la désertification médicale est une réalité quotidienne. « Ça s’est dégradé petit à petit, témoigne Nicole Fenon, du collectif des associations du quartier. Nous sommes 11.0000 habitants et il y a dix ans, on avait 10 médecins généralistes, il n’y a en a plus qu’un seul et un autre à mi-temps. Et comme dans le quartier voisin de Mirail-Université, il n’y en a plus du tout, cela fait 1,5 médecin pour près de 17.000 habitants ».

Des familles entières partent remplir les salles d’attente dans d’autres quartiers. « Mais quand on est une mère seule, sans voiture, faire une demi-heure de marche avec des enfants malades, ce n’est pas évident », poursuit Nicole Fenon qui, elle-même, a parfois recours à SOS médecins. Elle pointe la difficulté des habitants à trouver un médecin traitant et « un vrai risque sanitaire pour les populations déjà fragilisées ».

La pratique médicale évolue

La galère des riverains des Pradettes trouve un miroir dans les chiffres de la démographie médicale en Haute-Garonne​, livrés ce mardi. Cette étude montre qu’en dix ans la population médicale a évolué avec son temps. Elle s’est largement féminisée (de 38 % des praticiens à 52 %), les médecins ont réduit leur temps de travail hebdomadaire d’une dizaine d’heures, 90 % des aînés ne trouvent pas successeur et surtout les jeunes aspirent désormais dans leur grande majorité exercer de façon regroupée, en maison ou centre de santé. Pas à reprendre donc les petits cabinets des médecins retraités des Pradettes.

Stéphane Oustric, le président départemental de l’Ordre des médecins, n’est pas spécialement inquiet. Il est persuadé qu’avec l’augmentation du numerus clausus, « dans dix ans il y aura un médecin à chaque coin de rue ». « Nous avons aussi un accord avec Toulouse Métropole pour réserver des surfaces à des regroupements médicaux dans les quartiers en construction », souligne-t-il. Michel Davila, le directeur départemental de l’assurance maladie illustre les efforts des pouvoirs publics en la matière en citant « la nouvelle aide financière significative pour l’embauche d’assistants médicaux », aptes à libérer du temps de consultation pour les médecins.

Le projet des kinés redonne espoir

L’Agence régionale de Santé (ARS) vient de valider des aides financières pour 23 projets de maisons de santé en Occitanie. L’un se situe à Toulouse, dans le quartier Rangueil-Sauzelong. Aux Pradettes, où les habitants ne cessent d’alerter, l’espoir repose pour l’instant sur des kinés du quartier. « Ils veulent bâtir un centre médical et y accueillir d’ici, deux médecins généralistes, peut-être trois », assure Nicole Fenon. Mais « d’ici deux à trois ans »…