Toulouse: 105 enfants des quartiers (et campagnes) dans l'aventure d'un vrai orchestre symphonique

CULTURE Des « pitchouns » des quartiers toulousains et de la campagne haut-garonnaise vont plonger dans l’univers « étranger » de la musique classique en intégrant un authentique orchestre d’enfants, sous la houlette du prestigieux Orchestre national du Capitole

Helene Menal

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Le concert d'un orchestre Demos, ici à Paris.
Le concert d'un orchestre Demos, ici à Paris. — Romain Bassenne
  • 105 enfants des quartiers défavorisés ou du milieu rural vont intégrer un vrai orchestre symphonique.
  • Les petits musiciens seront « couvés » pendant trois ans par l’Orchestre national du Capitole.
  • L’Orchestre Démos Toulouse Métropole Haute-Garonne est l’émanation du dispositif d’intégration sociale par la musique créé par la Philharmonie de Paris.

Drôle d’orchestre qui fixe pour condition d’entrée de n’avoir surtout jamais touché à un instrument ou le moindre rudiment de solfège. Mais l’orchestre Démos (pour dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) est tout sauf une formation classique. S’il a ses vents, ses cuivres et ses cordes, ses petites et grandes répétitions et un chef à la baguette, ses petits musiciens évoluent volontairement en terre inconnue.

A Toulouse, les 105 futurs membres de l’orchestre ne se connaissent pas encore. Agés de 7 à 12 ans, ils habitent à Soupetard ou Bellefontaine, dans le quartier des Barradels à Blagnac ou de Vivier-Maçon à Cugnaux, ou encore dans la campagne du Lauragais. Leur point commun est d’être «empêchés», comme le dit joliment Marie Déqué, l’élue municipale en charge des Musiques, éloignés de l’univers symphonique, pour des raisons sociales ou géographiques. Ces enfants, dont les familles sont volontaires, ont été repérés dans les centres de loisirs ou centres sociaux.

Un grand concert annuel à la clé

L’orchestre «Démos Toulouse Métropole Haute-Garonne», est inspiré et chapeauté du dispositif créé il y a maintenant dix ans par la Philharmonie de Paris. «La musique ne peut pas vivre coupée des réalités sociales», assure Laurent Bayle, son directeur général. «Cependant quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les mélomanes ont un profil assez particulier, plus âgé que la moyenne et économiquement favorisé», reconnaît celui qui considère Démos comme «un outil d’intégration sociale».

«Nous avons la volonté d’apporter à ces enfants la puissance intellectuelle et le souffle que seule la musique peut procurer», souligne Anne Boyer, vice-présidente en charge de la Culture au conseil départemental. Elle rappelle que dans les autres Démos, la moitié des participants poursuivent la musique.

Pour sa déclinaison locale, forcément, l’Orchestre national du Capitole sera à la baguette. Il a désigné pour diriger les enfants le chef Christophe Mangou, déjà habitué à titiller «les petites oreilles». La première rencontre «tutti», c’est à dire générale, aura lieu dans l'impressionnant décor de la Halle aux Grains à la fin du mois d’octobre.

Dans un premier temps, les enfants vont se familiariser à la musique à travers la danse et les chants. A partir de janvier, ils pourront choisir leur instrument, violoncelle ou clarinette par exemple, et le ramener chez eux pour trois ans. Les musiciens en herbe répéteront environ quatre heures par semaine, par quartier et par familles d’instruments. Avec un concert symphonique de fin d’année à la clé. En public, évidemment.