Le drame du Pont-Neuf aux assises

Hélène Ménal - ©2008 20 minutes

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Etudiant chaleureux, Edouard Rihouay aimait aller vers les autres. Il en est mort à 26 ans. Dans la nuit du 12 septembre 2006, le hasard a jeté sur sa route un groupe de marginaux, abrutis par l'alcool et les drogues. L'altercation s'est nouée autour de son skate, elle a viré au drame quand le jeune homme a chuté du haut du Pont-Neuf. Quatre accusés répondent de sa mort à partir d'aujourd'hui devant les assises de la Haute-Garonne. Trois pour meurtre, le quatrième pour « vol précédé de violences ayant entraîné la mort ». Agés de 20 à 28 ans, ils ont un parcours chaotique, qui d'une rupture familiale se termine en errance sociale.

Ils vont nier le caractère volontaire du geste. « Cette histoire est épouvantable. Mon client s'en veut énormément et à cette grande tristesse s'ajoute l'incompréhension qu'on puisse penser qu'il a voulu tuer », explique Pascal Nakache, le défenseur de l'agresseur qui a rattrapé l'étudiant sur le pont et l'a frappé avec sa planche à roulettes. « Il s'agit d'un dramatique concours de plusieurs circonstances malheureuses. D'une rencontre inopinée qui ne serait restée qu'un simple échange de coups si la scène finale n'avait pas eu lieu sur le Pont-Neuf, estime Simon Cohen, l'avocat du plus jeune des accusés. Les gens étaient gravement intoxiqués par toutes sortes de substances, ce qui peut expliquer que chacun ait perdu le contrôle. »

Cette ligne de défense fait bondir l'avocat de la famille d'Edouard Rihouay. « Quand on précipite quelqu'un d'un pont, comment penser qu'on ne va pas le tuer ? », demande Georges Catala. En outre, « après avoir commis un crime d'une immense lâcheté, ils se sont rejeté la faute tout le long de l'instruction. Tout ça manque de dignité et ajoute à la révolte d'une famille qui voit ses valeurs profondément imprégnées d'humanisme remises en cause. »

Le procès devrait se poursuivre jusqu'à vendredi. Les trois jeunes gens accusés d'homicide volontaire risquent trente ans de prison.