VIDEO. Toulouse : L’extinction des espèces, ça se passe aussi près de chez vous

BIODIVERSITE Baptisée « Extinctions », la nouvelle exposition du Muséum de Toulouse pose la question de la fin du monde tel qu’on le connaît. Elle montre aussi que la problématique de la disparition des espèces se pose tout près de chez nous

Hélène Ménal
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Des témoignages attestent de la présence du lynx boréal dans les Pyrénées il y a une cinquantaine d'années. Il a complètement disparue.
Des témoignages attestent de la présence du lynx boréal dans les Pyrénées il y a une cinquantaine d'années. Il a complètement disparue. — H. Menal - 20 Minutes
  • La nouvelle exposition du Muséum de Toulouse s’intitule «Extinctions»
  • Elle fait l’inventaire des espèces disparues et montre l’accélération du processus ces 20 dernières années.
  • Elle montre aussi que l’érosion de la biodiversité n’a pas lieu qu’au bout du monde.
  • Avec le desman, le bouquetin ou encore la grande outarde, des espèces disparaissent à nos portes.

« Un jour, il y aura une autre vie sur la planète, différente, et il est fort possible que nous ne soyons plus là pour l’observer ». Cette prédiction apocalyptique émane de Francis Duranthon, le conservateur en chef du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse. Exagération ? Allez donc visiter la nouvelle exposition, qui ouvre ce mardi* et baptisée « Extinctions ». Du fameux dodo disparu à l’orang-outang qui pourrait bien n’avoir plus qu’une trentaine d’années devant lui, elle balaie, façon visite de cimetière, les espèces éteintes ou en passe de l’être, les causes de ces extinctions et leur effet domino.

« On estime que depuis la Renaissance, 800 espèces ont disparu de la planète, dont 400 uniquement au cours de 20 dernières années, assure Francis Duranthon. Cette accélération peut être très facilement corrélée au développement des activités humaines ». Et pas seulement au bout du monde. Au bout du bout de cette exposition, les spécialistes du Muséum, ont rajouté un effet loupe sur l’érosion de la biodiversité locale, pour ceux qui se demandent où sont passées les libellules, ou qui attendent désespérément les hirondelles. 20 Minutes en a sélectionné quelques exemples.

La grande outarde fait l’autruche

La grande outarde du Muséum de Toulouse.

Avec ses airs d’autruche, la grande outarde se baladait encore, l’hiver, dans la campagne toulousaine au milieu du XIXe siècle. Le spécimen du Muséum a été « prélevé » – pour ne pas dire chassé – en 1876 du côté de Verfeil.

Depuis, plus d’outarde dans les champs. « Mais on commence à signaler, l’été, des petits nés en Espagne où l’outarde bénéficie d’une protection, explique Pierre Dalous, conservateur au Muséum. Elle a aussi été réintroduite en Angleterre, et c’est la preuve qu’avec un programme de protection même une espèce qui va très mal peut encore rebondir ».

Le fameux desman, baromètre de la pureté des eaux

Un desman des Pyrénées de la vallée de Laruns.
Un desman des Pyrénées de la vallée de Laruns. - Lucas Santucci / Agence Zeppelin

Ce petit «rat-trompette» aquatique qu’on ne trouve que dans les eaux limpides des Pyrénées bénéfice d’un programme de sauvegarde, signe que la pureté des rivières n’est plus ce qu’elle était. «Il y a une vraie inquiétude, car si le desman disparaît des Pyrénées, il disparaîtra du même coup de la surface de la planète», insiste Francis Duranthon.

Le Lynx boréal, perdu de vue

Des fossiles en attestent, gros «matou» a vécu durant plus de 40.000 ans dans les Pyrénées. Mais la chasse et les activités touristiques ont eu raison de lui. Il n’y a plus aucun témoignage de sa présence depuis une cinquantaine d’années.

La perdrix des neiges est en danger

Une perdrix des neiges, ou lagopède.

Avec son plumage blanc, le lagopède niche encore sur les hauteurs des Pyrénées. Mais sa population a régressé de 30 % en une décennie. Pour cause de braconnage mais aussi, paradoxalement, parce que les marmottes – réintroduites en 1948 – se font des omelettes avec leurs œufs.

Jurassic Park parc dans les Pyrénées

Le bouquetin des Pyrénées a disparu totalement il y a un siècle. Ceux qui gambadent actuellement sont issus d’une souche ibérique réintroduite. En 2009, des scientifiques ont tenté de cloner un bouquetin autochtone grâce à l’ADN d’une peau préservée et aux ovules d’une chèvre. Un bébé est né de cette expérience à la Jurassic Park mais il n’a pas survécu.

* Créée par le National History Museum de Londres et visible jusqu’au 28 juin 2020.