Aéroport de Toulouse-Blagnac : Les avions changent de route et les dents grincent

PATATE CHAUDE Au nord de Toulouse, un projet de modification du couloir aérien est actuellement en test. Au grand étonnement d’habitants « ruraux » qui récoltent les nuisances que subissaient auparavant leurs « voisins »

Helene Menal

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Un avion survolant le nord de Toulouse. Illustration.
Un avion survolant le nord de Toulouse. Illustration. — Frédéric Scheiber/20MINUTES
  • Depuis plusieurs mois, un nouveau couloir aérien est en test au nord de Toulouse.
  • L’énervement des nouveaux habitants survolés est proportionnel au soulagement de ceux qui ne le sont plus.
  • La modification est actuellement soumise à une enquête publique.
  • Une autre expérimentation de modification de couloir aérien est en cours au sud et à l’ouest de la Ville rose et la grogne monte.

« Ils pensent sans doute que parce qu’on est moins nombreux, on va crier moins fort. » Jean-Marc Sanchez vit avec sa famille à Daux, une commune de 2.283 âmes, au nord de Toulouse. Il fait partie des habitants qui, fin mai-début juin, ont commencé à parler avions au débotté avec leurs voisins, de cette impression qu’ils étaient plus nombreux et plus bruyants.

En fait, il a ressenti sans le savoir les effets d’un test mené depuis le 23 mai 2019 par les autorités de l’aviation civile. Il consiste à déplacer légèrement vers l’ouest le couloir aérien emprunté par les avions qui décollent de l’aéroport Toulouse-Blagnac quand le vent souffle du nord-ouest, soit dans 56 % des cas. L’idée est actuellement soumise à enquête publique*. L’effet escompté est de survoler une zone moins urbanisée et donc de gêner moins de gens.

Quand les rêves de quiétude s’envolent

Selon les chiffres officiels, le projet permettrait d’améliorer le quotidien acoustique de 1.800 personnes, résidant essentiellement à Merville, à l’est de Daux. Mais dans cette dernière commune, 25 habitants supplémentaires seraient touchés. « 25 seulement ? Alors que notre pétition a réuni 500 signatures en trois semaines et que vendredi dernier 150 personnes se sont déplacées à notre première réunion d’information », souligne, sceptique, Jean-Marc Sanchez, vice-président de la toute nouvelle association Daux Environnement. « Même avec les fenêtres fermées et le double vitrage, c’est devenu impossible », témoigne Christel Lacroix, une autre habitante. Elle est auteure et travaille chez elle. « On était venus s’installer ici pour chercher le calme », ajoute celle qui, ironie du sort, a exclu un achat immobilier à Merville à cause des avions.

Les communes de Daux, Merville et Aussonne sont concernées par le projet de modification de la trajectoire des avions de l'aéroport Toulouse-Blagnac.
Les communes de Daux, Merville et Aussonne sont concernées par le projet de modification de la trajectoire des avions de l'aéroport Toulouse-Blagnac. - Map4News

Même le collectif contre les nuisances aériennes dans l’agglomération toulousaine (CCNAAT), qui obtient avec ce changement une forme de satisfaction, conteste la méthode : « S’il est souhaitable de réduire les populations atteintes par le bruit et la pollution de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, sur Merville et Aussonne, cela ne peut se faire par un simple transfert de nuisances sur des populations prises au dépourvu comme cela a été trop souvent le cas par le passé », écrit Chantal Demander, sa présidente.

Inquiétudes au sud et l’ouest

La militante antibruit tire aussi la sonnette d’alarme au sud et à l’ouest de Toulouse, où là aussi le couloir aérien (pour les décollages par vent de sud) est modifié à titre de test. « En plus d’augmenter les nuisances aériennes sur la ville de Toulouse, il impacte les communes de Vieille-Toulouse, Cugnaux, Plaisance-du-Touch, La Salvetat-Saint-Gilles, Pibrac, Mondonvillle, Daux, etc. », assure Chantal Demander, persuadée qu’au-delà des raisons de sécurité invoquées, il s’agit surtout « de permettre aux décollages de se succéder plus rapidement ».

Cette modification-là n’est pas encore soumise à enquête publique. Mais le vent de fronde souffle déjà.

* Les habitants peuvent s’exprimer jusqu’au 18 octobre