Réchauffement climatique : Pourquoi il faut absolument préserver les tourbières du Jura ou des Pyrénées

SCIENCES Une étude menée par un chercheur toulousain montre que même en cas de sécheresse, les tourbières restent d’excellents aspirateurs à CO2 et qu’il faut absolument les préserver

Julie Rimbert

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Les chercheurs ont étudié l'assimilation du carbone dans la tourbière de Frasne dans le Jura.
Les chercheurs ont étudié l'assimilation du carbone dans la tourbière de Frasne dans le Jura. — Ecolab
  • Les tourbières, ces zones humides colonisées par la végétation, ont un rôle primordial pour lutter contre le réchauffement climatique, même en cas de sécheresse.
  • Loin d’arrêter de capter le CO2, les mousses des tourbières opèrent une compensation entre elles pour annuler les effets de la sécheresse.
  • Ces milieux fragiles, menacés par l’activité humaine, doivent être protégés.

Elles ne représentent que 3 % de la surface terrestre et pourtant elles captent à elles seules un tiers du CO2 piégé dans les sols. Les tourbières, ces zones humides colonisées par la végétation, ont un rôle primordial pour lutter contre le réchauffement climatique, même en cas de sécheresse. C’est le constat d’une étude, menée par Vincent Jassey, chercheur du CNRS au Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab) de Toulouse, et Constant Signarbieux, de l’ Institut de géographie de l’université de Neuchâtel. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Global Change Biology, en septembre.

Compensation en cas de sécheresse

Leurs recherches ont porté sur l’assimilation de carbone par la tourbière de Forbonnet, à Frasne, dans le Jura. « Nous avons testé l’effet de hausse de la température sur le fonctionnement de la tourbière, en particulier des deux variétés de mousse qui la composent, explique Vincent Jassey. Nous avons installé un système de réchauffement via des serres afin d’obtenir une hausse de 1 à 2°C de la température ».

Les chercheurs ont installé un système de serres autour de la tourbière pour faire monter la température.
Les chercheurs ont installé un système de serres autour de la tourbière pour faire monter la température. - Ecolab

En cas de fortes chaleurs et de sécheresse, les deux mousses – appelées sphaignes - ont des comportements différents. L’une résiste à la sécheresse alors que l’autre souffre mais celle-ci, en cas de temps chaud et humide, augmente sa photosynthèse, piégeant ainsi plus de carbone, alors que la première est perturbée. Loin d’arrêter de capter le CO2, les mousses opèrent donc une compensation entre elles pour annuler les effets de la sécheresse.

Préserver les tourbières existantes

« Dans les deux cas, la tourbière subsiste mais avec le changement climatique, elles vont souffrir, avec le risque que les mousses meurent, détaille le chercheur toulousain. Elles peuvent donc jouer un rôle important en rétroaction contre le réchauffement climatique, d’où l’importance de les préserver comme puits à carbone. Ce sont des milieux fragiles, touchés par l’activité humaine car elles sont drainées pour être transformées en prairies pour les besoins agricoles ou des aménagements urbains ».

En Occitanie, il existe des tourbières les Pyrénées, en particulier en Ariège, dans l’Aude et dans la Montagne noire.

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