Toulouse : Dans un quartier fantôme, une association pour sans-abri ferme pour cause d’insécurité

SOCIAL Touchée par la violence qui s’amplifie dans son quartier, la Boutique Solidarité a décidé d’arrêter l’accueil de jour des sans-abri en attendant de trouver de nouveaux locaux

Beatrice Colin

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Les salariés et personnes accueillis à la boutique Solidarité de Toulouse ont manifesté ce mardi dans les rues de Toulouse.
Les salariés et personnes accueillis à la boutique Solidarité de Toulouse ont manifesté ce mardi dans les rues de Toulouse. — B. Colin / 20 Minutes
  • Dans le cadre du projet de restructuration de la gare Matabiau, des immeubles condamnés sont occupés à proximité et les actes de violence se multiplient.
  • La Boutique Solidarité, qui accueille des sans-abri, a décidé de lancer un appel pour dénoncer ces violences.
  • En attendant de trouver des locaux plus dignes, elle a décidé d’arrêter l’accueil collectif de jour des sans-abri.

C’est un quartier fantôme ou les entrées murées sont légion. Coincées entre le Canal du Midi, le Raisin et le Faubourg Bonnefoy, trois rues se meurent en attendant leur résurrection dans le cadre du projet TESO, pour Toulouse EuroSudOuest, vaste programme de restructuration du quartier de la gare Matabiau.

Ces dernières années, les rues Chabanon, du Maroc et des Jumeaux sont devenues des habituées de la rubrique « faits divers ». Depuis plusieurs mois, une grande partie des devantures d’immeuble sont condamnées en attendant leur destruction. Les squats s’y développent et les derniers riverains encore présents font les frais de cette insécurité.

Y compris les plus précaires comme le soulignent les responsables de la Boutique Solidarité. L’association Arpade a ainsi annoncé ce mardi qu’elle fermait jusqu’à nouvel ordre les portes de l'accueil de jour de personnes sans abri qu'elle gère. Vouée à déménager au cours des prochains mois dans le cadre du projet TESO, elle cherche un local en centre-ville.

« Il y a de plus en plus de violences à cause de la dégradation du quartier et nous sommes les seuls à faire de la médiation. Fermer n’a pas été une décision facile mais nous avons décidé de ne plus faire d’accueil collectif jusqu’à ce que nous trouvions un nouveau local », explique Laurence, l’une des salariés de la structure qui a accueilli plus de 1.700 personnes l’an passé.

Seules les activités hors les murs et les services gratuits de laverie, bagagerie et distribution de duvet seront maintenus. Malgré tout, cette annonce est problématique pour de nombreux habitués. « Quand on ne dort pas de la nuit, ici on peut venir se reposer la journée et y laisser nos affaires, en plus on n’est pas loin de tout et nous sommes accompagnés », assure Nono qui vient depuis plus de 15 ans à l’association.

Tous espèrent qu’un point de chute en centre-ville sera proposé par les services de la Métropole. « Nous faisons des démarches depuis quatre ans pour trouver de nouveaux locaux. Nous avons eu plusieurs propositions, mais rien de concret », déplore Graziella Villalta à la direction des services de la Boutique.

Locaux durables

Une recherche rendue d’autant plus difficile que les propriétaires ont tendance à vouloir vendre au plus offrant en centre-ville plutôt qu’à une association. « C’est un acteur important. Leur projet d’achat de locaux, nous ne pouvons pas le faire à leur place. Par contre nous pouvons les aider. Nous avons essayé de préempter des locaux pour leur louer ensuite, mais cela s’est terminé au tribunal et ça n’a pas marché », explique de son côté Daniel Rougé, l’adjoint à la coordination des politiques de solidarité.

Ce dernier propose de continuer à les aider, en partenariat avec la fondation Abbé Pierre, pour trouver un lieu intermédiaire en attendant une solution durable.