«Gilets jaunes» à Toulouse: Des députés viennent prendre la température chez les commerçants au bord du gouffre

COMMERCE Des députés de la mission parlementaire « impact gilets jaunes » étaient à Toulouse ce lundi pour dresser un bilan des répercussions du mouvement

Beatrice Colin

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A Toulouse, lors de l'acte 12 des "gilets jaunes".
A Toulouse, lors de l'acte 12 des "gilets jaunes". — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Une mission parlementaire « impact gilets jaunes » a été lancée pour dresser un bilan du mouvement né le 17 novembre.
  • Ses membres étaient à Toulouse ce lundi pour constater des conséquences sur le terrain.
  • Certains commerçants toulousains ont dû licencier et se retrouvent parfois en redressement judiciaire.

Samedi dernier, quelques centaines de «gilets jaunes» défilaient dans les rues de la Ville rose. Après trente-quatre semaines, Toulouse reste un des derniers bastions actifs de la contestation née le 17 novembre 2018.

Autant dire que les commerçants toulousains n’ont pas caché leur colère aux membres de la mission parlementaire «Impact Gilets jaunes», venus prendre la température sur le terrain.

Lancée il y a deux mois, elle a pour objectif de dresser l’ensemble des répercussions du mouvement et doit rendre son rapport le 17 juillet. « Toulouse est une ville particulièrement affectée et figure dans un classement dont on aimerait ne pas faire partie » a relevé le député Roland Lescure (LREM), présent lundi à Toulouse aux côtés notamment du parlementaire gersois Jean-René Cazeneuve (LREM) et Damien Abad (LR).

Selon les premiers chiffres présentés par les assureurs, les manifestations auraient coûté 217 millions en indemnisations versées aux entreprises ayant subi des dommages au niveau national.

Plus de trésorerie

Mais au-delà des dégradations matérielles, ce sont des pertes de chiffre d’affaires dont se plaignent le plus les commerçants et artisans toulousains. Dominique Lestang qui tient une boutique de sacs à main dans le centre ancien en sait quelque chose. Elle a été placée en redressement judiciaire et va fermer le second magasin qu’elle avait au centre commercial de Blagnac.

Alors qu’elle réalisait 40 % de son chiffre d’affaires en décembre, elle l’a vu baisser de 35 %. Pour la Fête des mères, il a été amputé de 50 %. « Aujourd’hui, les petits commerces comme moi n’ont plus de trésorerie, plus rien pour reconstituer leur stock et finir les soldes. Je n’ai rien contre les "gilets jaunes". Mais ils disent qu’on les empêche de manifester, moi cela fait 34 samedis qu’on m’empêche de travailler », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, même si les manifestations sont moins importantes, l’horizon n’est pas plus rose. « Je vais devoir travailler une dizaine d’années pour absorber ma dette, cela fait neuf mois que je ne me rémunère plus. Ce serait bien un gel supplémentaire des charges patronales », avance celle qui a dû se séparer de certains de ses salariés.

Depuis le début du mouvement, 200 commerçants ou artisans de la Haute-Garonne ont fait un signalement auprès de l’Urssaf de la Haute-Garonne. « Nous pouvons leur proposer des délais ou, un report ou l’étalement du paiement de leur charge sans majoration » explique Karine Desbarres, directrice de l’Urssaf 31.

Plus d’une soixantaine d’entreprises ont aussi fait des demandes de chômage partiel pour un total de 440 salariés selon la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse. Cette dernière a déjà débloqué des aides d’avance remboursables pour 33 sociétés.

Mais pour certains représentants des commerçants, le pire est peut-être à venir.