Toulouse: Les SMS d’une élue font planer le soupçon d’un conflit d’intérêts

POLEMIQUE Une élue de la majorité municipale de Toulouse, tout juste démissionnaire, suscite la polémique. Ses échanges SMS avec un ami montrent qu’elle n’a pas été neutre sur un dossier d’urbanisme alors qu’elle se trouvait dans le jury

Béatrice Colin

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La Cale de Radoub le long du Canal du Midi, à Toulouse (Illustration).
La Cale de Radoub le long du Canal du Midi, à Toulouse (Illustration). — MathieuMD / Wikimedia Common
  • Le 2 juillet dernier, la mairie annonce la démission de Sophia Belkacem, élue aux cultures urbaines, pour des « raisons personnelle ».
  • Quelques jours auparavant, des échanges SMS qu’elle a eus avec un ami montrent son manque de neutralité alors qu’elle se trouvait dans un jury de concours d’urbanisme.

Il y a une semaine, la mairie de Toulouse annonçait par voie de communiqué, la démission, cinq jours plus tôt, de Sophia Belkacem-Gonzalez de Canales pour « raisons personnelles ».

A moins d’un an des élections municipales, l’élue en charge des cultures urbaines, avocate, expliquait ne plus pouvoir conjuguer ses responsabilités politiques avec sa vie familiale et professionnelle.

Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), expliquait alors qu’il comprenait et respectait son choix, tout en lui « gardant toute [sa] confiance ».

Mais cette démission est concomitante d’un message posté sur Twitter et qui met en cause Sophia Belkacem selon le journal satirique montpelliérain, L’Agglorieuse.

C’est un ancien cadre de la société immobilière Angelotti, Jean-Christophe Rivière, qui l’a posté le 27 juin, la veille de la démission. Ce spécialiste du secteur a décidé de dénoncer certaines pratiques qui y ont cours, pas toujours en conformité avec l’éthique.

Soutien du projet d’un ami

Le tweet en question retrace les échanges SMS entre l’élue toulousaine et l’un de ses amis, Yohann Moreau, président de la société Moreau Investissement, partenaire du groupe Immobilier de Béziers, la ville dont Sophia Belkacem fut l’élue il y a quelques années avant de s’installer dans la Ville rose.

Ce jour-là, le 20 février, la jeune femme siège dans l’un des jurys du concours « Dessine moi Toulouse ». Lancé l’année précédente par la métropole, il consiste à reconvertir des sites en projets urbains innovants, auxquels les promoteurs peuvent candidater. C’est le cas de la société Angelotti et de Moreau Investissement qui se sont associés pour se positionner sur la Cale de Radoub, cet espace, propriété de l’État, aujourd’hui occupé par Voies navigables de France (VNF) au bord de Canal du Midi.

Dans ses textos, son ami pousse l’élue à soutenir le projet dont il est partie prenante. Celle-ci lui rétorque que si elle reprend ses arguments « cela va faire flagrant », pointe que lors de la présentation de leur projet, ils n’ont pas été très bons sur certains points, mais lui assure qu’elle les défend « comme une lionne ». Et de rajouter qu’elle est acquise à sa cause, « tu as quand même Laigneau [l’adjointe à l’urbanisme] et moi dans la poche », assure-t-elle. Elle lui indique même que Laurence Arribagé, l’adjointe aux sports (LR) l’a placé ex aequo.

Une erreur « débile »

Au final, aucun des cinq projets candidats ne sera retenu pour la Cale de Radoub par VNF, seul à décider, les élus n’ayant qu’un avis consultatif. Mais ces échanges de message font désordre et, surtout, font planer un soupçon de conflit d’intérêts et de favoritisme sur ce genre de concours. Et c’est bien ce que veut dénoncer l’auteur du tweet, Jean-Christophe Rivière qui s’apprête à sortir un livre sur ces pratiques répréhensibles dans le secteur de l’immobilier.

Contactée par Médiacités, Sophia Belkacem a assuré qu’il s’agissait d’une erreur « débile, d’amitié ». « Je n’avais jamais été dans un jury de ma vie, c’était la première fois, et je ne connais pas le milieu des promoteurs immobiliers. Ce n’était pas prémédité », a-t-elle réagi auprès du site d’investigation. Et de maintenir que toute cette affaire était étrangère à sa démission.

« Ethiquement inacceptable » selon le maire

C’est aussi ce qu’assure le maire de Toulouse dans une réponse que son service de presse a transmis à 20 Minutes. Ce départ de la mairie, l’élue « s’en était ouverte à M. le Maire, à la fin de l’année 2018, en lui proposant de démissionner, ce qu’il avait refusé à l’époque ».

Quant à ses SMS plus que litigieux, « il est important de préciser que Sophia Belkacem-Gonzalez de Canales n’avait jamais eu à intervenir jusqu’alors sur des dossiers relatifs à l’urbanisme, ni à siéger dans aucun jury, eu égard à la nature de ses délégations, très éloignées de ce domaine. Que ce soit M. le Maire ou ses deux adjointes, Laurence Arribagé et Annette Laigneau, aucun d’entre eux n’a eu connaissance de la conversation SMS à laquelle il est fait allusion ».

Et le service de presse de préciser que le maire « condamne avec fermeté le comportement en question ». Mais Jean-Luc Moudenc lui conserve sa confiance, croyant à la « naïveté » de son élue. « Son lien d’amitié avec Monsieur Moreau l’a poussée à commettre une faute, certes ponctuelle mais néanmoins éthiquement inacceptable. Aucun lien n’existe entre M. Moreau et les autres élus qui ont participé au jury Dessine-moi Toulouse du site de la Cale de Radoub. Ils n’ont eu aucun échange avec lui, ni durant ce jury, ni avant, ni après ».

A coup sûr, cette histoire de SMS ne manquera pas de s’inviter à la réunion qui doit se tenir sur l’avenir de ce site ce mercredi entre Toulouse Métropole, l’Architecte des Bâtiments de France et VNF.