A Moissac, pays du Chasselas, les maladies de la vigne se soignent en musique

SYMPHONIE Pour lutter contre les maladies, les producteurs de Chasselas de Moissac expérimentent la musique dans les vignes. C'est le premier raisin de table AOP à tester ce procédé

Julie Rimbert

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Dans une vigne de chasselas.
Dans une vigne de chasselas. — Laporte - AOP Moissac
  • Depuis début mai, six haut-parleurs ont été installés dans les vignes de Chasselas de Moissac pour stimuler les défenses des pieds contre les maladies.
  • Une musique spécifique à la plante permet notamment d'inhiber la vigne contre une maladie du bois.
  • La génodique, utilisée depuis une dizaine d'années, permet de baisser la mortalité des vignes de 30 à 70% dès la première année.

De la musique pour stimuler la vigne naturellement contre les maladies. C’est la dernière expérimentation menée depuis début mai dans les vignes du Chasselas de Moissac, premier raisin de table AOP à tester ce procédé qui a déjà fait ses preuves dans le Bordelais ou en Champagne. Six boîtes à musique ont ainsi été installées dans des exploitations volontaires, trois à Moissac et trois autres à Cazes-Mondenard.

Car dans ce vignoble AOP qui s’étend sur 466 hectares entre le sud du Lot et le nord du Tarn-et-Garonne, les maladies du bois comme l’esca, l’eutypiose ou le Black Dead Arm font des ravages depuis plusieurs années. Près de 50 hectares seraient déjà des souches improductives, soit 12 % du vignoble, que les chasselatiers n’ont d’autres choix de remplacer au fur et à mesure. Et qui leur fait perdre quatre à cinq ans avant de retrouver des vignes à nouveau exploitées en AOP.

Reproduire la musique du vivant

Pour lutter contre ces maladies du bois, la société Aquitaine Génodique propose le traitement de la vigne par la musique, une méthode non invasive brevetée par le physicien Joël Sternheimer sur le lien entre la synthèse des protéines, la musique et la croissance des plantes. Le scientifique a observé que lors du processus de synthèse des protéines, les acides aminés émettaient des séquences de signaux quantiques constituant une mélodie spécifique à chaque protéine.

« Ces mélodies des protéines, nommées « protéodies », ont été converti en séquences musicales qui stimulent les défenses de la plante et inhibent au contraire celle des parasites, en l’occurrence un champignon, qui l’attaquent, détaille Hervé Bonnet, président d’Aquitaine Génodique qui développe cette méthode depuis dix ans. Cela aide le pied à se défendre contre la maladie en réduisant les symptômes et cela favorise la reconstitution du bois par la plante. Nous reproduisons la musique du vivant pour soigner les plantes ».

Baisse de la mortalité des vignes

Chaque jour, à 8h du matin et à 19h le soir, les haut-parleurs, alimentés par panneaux solaires, diffusent dans les vignes une bande son de 8 minutes. Julien Custody, chasselatier installé à Cazes-Mondenard, fait partie de ceux qui teste le dispositif. Ce trentenaire, qui a repris il y a trois ans l’exploitation de ses parents, étaient pourtant sceptique au début sur cette méthode. « Depuis l’interdiction du produit en 2011 qui nous permettait de traiter les maladies du bois, nous n’avions pas d’autre solution que d’arracher le pied et de replanter, raconte-t-il. Quand j’ai entendu parler de génodique la première fois en 2017, j’ai ri ! Mais aujourd’hui mes vignes sont dévastés alors on se raccroche aux branches ».

Ce traitement à base de musique, qui doit durer trois ans, est censé faire chuter la mortalité des ceps entre 30 et 70 %, dès la première année. En cas d’échec de la petite musique sur la santé des pieds de vigne, Aquitaine Genodics s’est engagée à rembourser l’intégralité de l’investissement, soit 18.000 euros. Les producteurs de Chasselas réaliseront fin août un comptage des souches mortes ou malades dans chacune des six exploitations puis une nouvelle fois en octobre.