VIDEO. L'ourson Douillous pourra-t-il retourner à la vie sauvage dans les Pyrénées (et survivre) ?

BIODIVERSITE Douillous, l’ourson fugueur retrouvé mardi soir, est à nouveau placé dans un refuge. Tout est fait pour qu’il ne côtoie pas les hommes, afin de ne pas hypothéquer ses chances de retour à la vie sauvage

Beatrice Colin

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Un ourson. Illustration.
Un ourson. Illustration. — Janko Ferlic
  • Douillous, un ourson de cinq mois découvert en Ariège et qui avait fugué de son enclos tarnais, a été placé dans un refuge sécurisé.
  • Il est sevré et pris en charge pour quelques semaines, jusqu’à ce qu’il retourne à la vie sauvage, vraisemblablement d’ici à l’automne.
  • Pour ne pas hypothéquer ses chances de survie, il n’a aucun échange avec les humains.
  • Les derniers cas d’oursons remis en liberté dans les Pyrénées après leur prise en charge ont été un échec.

Après deux jours de cavale, Douillous a été retrouvé mardi soir. Cet ourson, découvert il y a dix jours par un habitant de Couflens, en Ariège, avait été confié le lendemain à un spécialiste des animaux sauvages du Tarn chez qui le plantigrade reprenait du poil de la bête.

Tellement bien, qu’il a réussi à creuser un petit tunnel pour s’évader. Récupéré par les agents de l’Office national de la chasse et la faune sauvage (ONCFS), qui ont dû piquer un sprint à travers champs pour l’attraper, l’ourson de 5 mois et de 8,25 kg a été placé dans un nouveau refuge « bien sécurisé », assure Nicolas Alban, le délégué régional de l’ONCFS Occitanie.

Lorsqu’il a été retrouvé en Ariège, Douillous se trouvait extrêmement affaibli, dénutri et déshydraté. Même s’il a démontré depuis qu’il était en bonne forme, pas question pour autant de le relâcher dans les jours à venir. « Nous estimons qu’un ourson a toutes les chances de survivre passé l’âge de six mois, mais en deçà elles sont très faibles », assure le spécialiste.

Sans contact avec l’homme

D’autant que ce dernier n’est pas encore sevré. Au menu de ses prochains repas, il y aura donc du lait, mais aussi des fruits, du pain et des céréales. Mais jamais son soigneur ne montrera le bout de son nez. « Nous faisons tout pour qu’il ne devienne pas familier avec l’homme. Dans son enclos, il n’a pas de visibilité extérieure, tout est fait pour qu’il n’entende pas les bruits émis par l’homme », insiste Nicolas Alban.

Des gants sont aussi mis lors de la préparation des repas pour éviter de transmettre les odeurs. « Il ne faut surtout pas qu’il associe l’homme à la nourriture pour éviter qu’une fois relâché il vienne dans les poubelles », explique Alain Reynes de l'association Adet-Pays de l'ours.

« Il faut éviter tout ce qui est routinier pour qu’il conserve toutes ses capacités pour se débrouiller dans la nature, il a cette part d’instinct, il ne faut pas la briser », poursuit le militant. Autant de mesures prises donc pour ne « pas hypothéquer les possibilités de son retour à la vie sauvage ». Dans les Pyrénées, trois oursons sur quatre observés survivent à leur première année lorsqu’ils se trouvent avec leur mère.

Mais les derniers cas de retour à la nature de jeunes plantigrades dans les Pyrénées n’ont pas été un franc succès.

Echecs des derniers retours à la nature

Au cœur de l’été dernier, Mellous, un ourson de six mois avait été découvert seul sur la commune de Fos, en Haute-Garonne. Pris en charge, il avait été réhydraté et réalimenté avant d’être relâché. Mais 18 jours après avoir été recueilli, l’ourson avait été retrouvé mort. « Nous sommes là dans un cadre différent, Melous n’avait pas un système cérébral viable et c’est sans soute pour cela qu’il avait été abandonné par sa mère. Il n’aurait pas survécu de toute façon », rappelle Nicolas Alban.

Un autre cas avait soulevé de vives critiques quatre plus tôt, de l’autre côté des Pyrénées. Auberta, une oursonne de trois ou quatre mois était trouvée en avril 2014 dans le village d’Aubert, dans le Val d’Aran. Dotée d’un émetteur, elle avait été relâchée à trois reprises dans la nature.

Les soigneurs avaient l’espoir qu’elle retrouve sa mère. En vain. Un enclos de 5.000 m2 où elle évoluait en semi-liberté avait été aménagé. Elle y avait été retrouvée morte six mois après avoir été recueillie. Si elle avait été éloignée des prédateurs, c’est bien l’homme qui est à l’origine de sa mort.

Pour la suivre, un émetteur avait été implanté dans son abdomen. Sa cicatrice s’était rouverte lorsque l’oursonne s’était accrochée à une branche. S’en étaient suivies une éventration et une hémorragie aiguë ayant conduit à sa mort. Et la Généralité de Catalogne s’en était tirée avec une belle polémique sur l'intérêt d'avoir implanté un émetteur à l’oursonne.

Avant l’automne ?

Une erreur que ne devrait pas être réitéré par les autorités françaises. Elles devront donner leur feu vert pour permettre à Douillous de recouvrer sa liberté dans ses Pyrénées natales. Certainement avant le mois d’octobre. « Plus on attend, plus on amoindrit ses chances car il grandira dans un environnement protégé », relève Alain Reynes. Ce dernier reste confiant, car les succès de retour à l'état sauvage d'oursons existent en Grèce ou dans les pays de l’Est.

Une fois relâché, vers l’âge de 10 mois, Douillous devra faire face aux prédateurs, mais aussi aux risques de chute. « A cet âge, les chances sont jugées bonnes, mais pour un ourson seul, elles sont forcément inférieures. Et en milieu naturel il y a des pertes, qui sont regrettables, mais normales », conclut le directeur d’Adet-Pays de l’ours.