Toulouse: Une appli pour «faire du lien» avec les victimes de stress post-traumatique

SANTE Pour informer et orienter les victimes de stress post-traumatique, un chercheur de l’Université Jean-Jaurès de Toulouse a mis au point une application gratuite et pratique, notamment pour obtenir l’aide d’un spécialiste

Beatrice Colin

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Des victimes ont été pris en charge après l'attentat de Nice. Mais parfois, certaines d'entre elles se trouvent dépourvu face au stress post-traumatique.
Des victimes ont été pris en charge après l'attentat de Nice. Mais parfois, certaines d'entre elles se trouvent dépourvu face au stress post-traumatique. — Valery HACHE / AFP
  • De nombreuses victimes d’attentat souffrent d’un état de stress post-traumatique, souvent mal soigné.
  • Pour aider les rescapés d’attentat et de tout événement traumatisant à s’informer et s’orienter en cas de stress post-traumatique, un enseignant-chercheur de Toulouse a créé une application gratuite.
  • TraumaPsyInfo permet d’accéder aux coordonnées géolocalisées des spécialistes et d’avoir à portée de main des informations et exercices pour se relaxer en cas de crise.

Il y a quelques jours, Guillaume Valette était officiellement reconnu comme la 131e victime dans les attentats du 13-Novembre. Ressorti physiquement indemne du Bataclan, il s’était suicidé le 19 novembre 2017, deux ans après. Comme beaucoup de rescapés, il souffrait de stress post-traumatique.

Tout comme Tahar Mejri qui s'est laissé mourir de chagrin. Cet homme de 42 ans avait perdu son fils de 4 ans et son ex-femme Olfa sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016.

Un état que Nicolas Cazenave connaît bien. Enseignant-chercheur en psychologie clinique à l'Université Jean-Jaurès de Toulouse, ce spécialiste de la prise en charge est intervenu après le Bataclan, mais aussi l’attentat de Nice et plus récemment les attaques terroristes de Carcassonne.

Application gratuite

Réserviste de l’armée, il est aussi présent aux côtés des parachutistes toulousains touchés de plein fouet par ce qu’ils ont vécu en Afghanistan. « Nous prenons bien en charge les victimes en urgence, le jour même ou dans la semaine qui suit pour du stress aigu. Mais la continuité de soins reste à améliorer. A Nice, lorsque nous sommes intervenus, il y avait des gens de Rennes ou de Strasbourg et personne n’avait un réseau de soins de stress post-traumatique dans ces villes », déplore le chercheur, dont la ville a été meurtrie par AZF et les attentats perpétrés par Merah.

Pour combler ce manque, et apporter une réponse aux patients qui se sentiraient déboussolés, il a décidé de créer une application gratuite TraumaPsy Infos. « Ce n’est pas une appli psychothérapeutique, elle ne remplace pas un professionnel, elle fait du lien », prévient Nicolas Cazenave.

Elle propose des questionnaires d’auto-évaluation du stress, donne des informations sur les symptômes de ce mal invisible, et propose des exercices respiratoires à réaliser lors de phases plus aiguës.

Des spécialistes géolocalisés

Mais l’un de ses avantages, c’est de recenser de manière géolocalisée tous les spécialistes du stress post-traumatique installés à proximité. Aujourd’hui, 500 professionnels sont recensés, après avoir été validés par l’enseignant-chercheur dont l’objectif est de faire de l’information et de la prévention du stress post-traumatique.

Si on en parle souvent pour les victimes d’attentat, il concerne aussi des victimes de viol, d’accidents ou d’explosion. « Parfois une odeur, un crissement va les faire revenir à ce qu’ils ont vécu. Il faut souvent passer trois mois après les faits pour savoir qu’il s’agit d’un stress post-traumatique. Il survient dans 5 % des cas et cela peut monter à 20 % lors de gros événements. Souvent on les rate, c’est très mal connu et souvent sous-évalué, souvent on le confond avec une dépression », déplore l’enseignant-chercheur.

Et comme « plus on attend, moins c’est bon », pour aider les patients, Nicolas Cazenave s’est donc lancé seul dans la réalisation de cette application, avec pour seule aide celle d’étudiants en informatique de l’IUT de Blagnac.