Elections européennes: Une épine dans le pied de Jean-Luc Moudenc, le maire Macron-compatible de Toulouse?

POLITIQUE En apportant son soutien (discret) à la liste Les Républicains aux Européennes, Jean-Luc Moudenc, le maire dit « Macron compatible » de Toulouse, a accentué la défiance de certains représentants locaux de LREM

Beatrice Colin

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L'Hôtel de ville de Toulouse, sur la place du Capitole (Illustration).
L'Hôtel de ville de Toulouse, sur la place du Capitole (Illustration). — Simon Decleves/SIPA
  • Aux Européennes, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a soutenu la liste de François-Xavier Bellamy (LR) qui a obtenu moins de 8 % des voix.
  • Cette prise de position d'un édile jugé Macron-compatible a suscité les critiques, notamment du Premier ministre Edouard Philippe.
  • Au lendemain du scrutin, le référent local de LREM invite le maire à en tirer « les conséquences et assumer ses choix ».

D’habitude, à Toulouse, les élections européennes passent et quelques jours après la politique locale reprend ses droits. Mais cette fois-ci, les prises de position et le résultat des urnes devraient laisser quelques traces.

En particulier sur la relation du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), avec les représentants de La République en Marche, dont la liste « Renaissance » est arrivée en tête dimanche dans la Ville rose avec 24,62 % des voix.

Une semaine avant le scrutin, comme un signal, trois élus LREM de la majorité municipale avaient décidé de créer leur propre groupe.

Certains membres de la majorité présidentielle ont peu goûté que Jean-Luc Moudenc (LR), l’un des maires de métropole les plus « Macron-compatibles », apporte son soutien à François-Xavier Bellamy qui remontait alors dans les sondages.

« LREM ira aux municipales sous ses couleurs »

Un retour au bercail sans fanfare pour l’élu toulousain mais que « son ami » Edouard Philippe avait vivement regretté quinze jours avant le scrutin. « En politique, on fait des choix et on les assume. Pour certains d’entre eux, je sais que des considérations locales ont joué un rôle important dans cette décision », avait alors indiqué le Premier ministre, indiquant qu’il continuait à penser « que leurs convictions sont très proches de la majorité que je dirige ».

Or François-Xavier Bellamy n’a obtenu que 7,37 % dans la Ville rose, loin derrière LREM, l’écologiste Yannick Jadot (21,34 %), le Rassemblement national (11,43 %), Raphaël Glucksmann (9,25 %) et la France Insoumise (8,77 %).

« Pour l’avenir, quelles leçons tirer de ces résultats, même si on sait – depuis 40 ans – que le scrutin européen est toujours très spécifique et peu transposable d’une élection à l’autre ? Plus que jamais, les immenses enjeux, environnemental et démocratique, imposent que tous les Toulousains se rassemblent », a commenté Jean-Luc Moudenc dans un billet publié lundi. Il y fait un appel du pied appuyé aux électeurs qui ont voté pour les écologistes.

« Le maire de Toulouse a fait le choix de soutenir François-Xavier Bellamy, engagé sur des projets de société qui ne sont pas les nôtres, nous prenons acte. Ce qui est acquis c’est que LREM ira aux municipales sous ses couleurs. On aura un projet de base sur les attentes des Toulousains, on confrontera les projets et on verra si on peut s’entendre. Mais il n’y aura pas d’arrangement », cadre d’ores et déjà Pierre Casteras, le référent département de LREM. Ce dernier va demander aux élus macronistes toulousains de faire « un livre gris de la municipalité, de leurs actions et engagements ».

Soutien dans ses rangs

Une demande qui fait déjà débat parmi ceux qui sont entrés dans la majorité de Jean-Luc Moudenc sous l’étiquette « société civile » avant de rallier Emmanuel Macron.

« Ce qui fait la force de notre équipe municipale depuis 2014 est précisément de faire fi des divergences sur la politique non-locale et de n’avoir que Toulouse pour boussole de notre unité et de nos actions », ont indiqué deux d’entre eux, Florie Lacroix et Jean-Claude Dardelet. Ils prennent ainsi leurs distances avec leur collègue et leur nouveau groupe LREM.

Jean-Luc Moudenc pourra compter sur lui. Il peut aussi s’appuyer sur les sondages qui, sans exception, le donnent largement en tête, quels que soient les élus macronistes qu’on lui oppose.

Une donnée qui n’a pas échappé aux responsables nationaux de LREM. Comme la députée Marie Guévenoux, chargée à LREM de la préparation des municipales. « On a besoin d’une démarche positive pour reconstruire le centre », a-t-elle indiqué, précisant que pour nombre de maires de droite « cela fait deux ans qu’ils sont mal à l’aise avec la ligne politique suivie, deux ans qu’ils cohabitent difficilement avec une partie de leurs dirigeants ».

Ni aux membres formation « Agir – La droite constructive » qui rassemble les élus de droite modérée « Macron-compatibles ». Ce mardi, ils ont lancé un appel aux élus « de la droite et du centre droit » pour les municipales. Reste à savoir si Jean-Luc Moudenc y répondra.