Toulouse: Un petit boulot pour les jeunes en errance qui peut faire la différence

SOCIAL La mairie de Toulouse vient de s’engager à multiplier les chantiers développés pour les jeunes en grande précarité dans le cadre du dispositif Travail alternatif payé à la journée (TAPAJ)

Beatrice Colin

— 

Au cimetière Terre-Cabade, les jeunes ont mené une mission de désherbage plusieurs matinées de la semaine dernière.
Au cimetière Terre-Cabade, les jeunes ont mené une mission de désherbage plusieurs matinées de la semaine dernière. — B. Colin / 20 Minutes
  • Le projet Travail alternatif payé à la journée existe depuis deux ans à Toulouse et consiste à rémunérer des jeunes en très grande précarité pour des demi-journées de travail.
  • Dans le cadre du plan pauvreté, la mairie vient de s’engager auprès de l’association Clémence-Isaure pour proposer plusieurs chantiers d’ici 2021, première étape pour les jeunes avant une prise en charge et un accompagnement.
  • Salariés d’un jour, les jeunes ont un contrat et peuvent faire du nettoyage de locaux comme du jardinage.

Ils ne laissent aucune chance aux lianes et mauvaises herbes qui ont envahi certaines allées du cimetière de Terre-Cabade, où l’utilisation des produits phytosanitaires est désormais interdite.

Durant quatre heures, mercredi matin, Pauline, Emma, Ange et Brandon se sont affairés sans relâche à la tâche avec l’aide de Marc Solana, un éducateur spécialisé de l’association Clémence-Isaure, qui les accompagne sur le terrain.

Eloignés du monde du travail, ces jeunes en situation de grande précarité ont décidé de passer par le dispositif Travail alternatif payé à la journée (TAPAJ) pour se faire quelques sous. Un dispositif déployé depuis deux ans sur Toulouse par l’association qui répond à des missions proposées soit par des collectivités, comme la mairie, ou des entreprises qui ont décidé de s’investir sur ce programme d’insertion.

La société Indigo a ainsi proposé le nettoyage de ses parkings l’an dernier à quelques reprises.

78 chantiers en 2019

Après avoir démarré timidement, le plan pauvreté vient de changer la donne. La mairie a décidé de débloquer un budget pour financer 78 chantiers cette année, 114 l’an prochain et autant l’année d’après.

A chaque mission, sept jeunes de 18 à 25 ans peuvent s’inscrire pour venir travailler durant une matinée, rémunérée 10 euros de l’heure par l'association d'insertion Apic, qui joue les employeurs intermédiaires.

« Ça évite de passer quatre heures à faire la manche. Je suis à la rue, pour trouver du travail c’est impossible, il y a la question du réveil et puis n’y a pas moyen d’être propre à 7h du matin », explique Pauline qui apprécie d’être en plein air pour nettoyer les tombes, qui seraient restées prisonnières de la végétation sans son intervention.

Ange, lui, a trouvé un logement. Il est aussi venu pour gagner un peu d’argent et se payer son permis de conduire, mais aussi « pour penser à autre chose, car je suis en train d’arrêter une substance », relève le jeune homme.

Sortir de la routine

« Cela les fait sortir d’un rituel de consommation, casser leur routine, leur faire faire autre chose et avoir aussi un regard sur eux plus valorisant que celui de faire la manche », soutient l’éducateur spécialisé.

« C’est un projet de premier lien avec des jeunes qui sont réticents avec les institutions. Cette première phase permet d’instaurer une relation de confiance et faire de la réduction des risques, on n’est pas là encore dans un projet d’insertion par le travail », prévient Martine Lacoste, la directrice de Clémence-Isaure.

Cette étape-là du programme viendra plus tard, lorsque le nombre d’heures effectuées par les jeunes sera plus régulier et conséquent.

« Il faut que nous modifiions notre façon de faire pour inclure ses jeunes et leur mettre le pied à l’étrier. Il y a une valeur dans ce que font ces jeunes, ils produisent quelque chose et ne sont pas juste aidés. Et nous ne sommes pas sur du travail, il n’y a pas de concurrence », estime Daniel Rougé, l’adjoint au maire de Toulouse à la prévention et l’exclusion. Il espère que TAPAJ fera assez de bruit pour que d’autres collectivités ou entreprises fassent le choix de recourir à ces jeunes.