Toulouse: Au pied des tours, grâce au graffiti, des jeunes passent de l'ombre à la lumière

QUARTIER Pour se réapproprier l’espace public, des bailleurs sociaux ont mis en place un atelier graffiti destiné aux jeunes de Bellefontaine

Beatrice Colin

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Mercredi après-midi, dans le quartier de Bellefontaine, lors de l'atelier graffiti mis en place dans le cadre de la Coopération Inter-Bailleurs.
Mercredi après-midi, dans le quartier de Bellefontaine, lors de l'atelier graffiti mis en place dans le cadre de la Coopération Inter-Bailleurs. — B. Colin / 20 Minutes
  • Face au développement du deal dans certains secteurs du Mirail, des bailleurs sociaux ont décidé de réoccuper le terrain.
  • Cette semaine, en partenariat avec une association et un graffeur professionnel, ils ont financé un atelier graffiti.
  • Des jeunes de 12 à 17 ans, souvent en décrochage, vont réaliser une première fresque.

En arrivant à Bellefontaine, les seuls graffitis que l’on peut croiser à la sortie du métro sont ceux qui indiquent  les tarifs pour du «shit» ou la direction qu’il faut prendre pour en trouver. Le message est clair, mais le style plus que basique et les auteurs de ces tags sont loin d’être des artistes.

Par contre, depuis des années, ils ont tendance à faire un peu la loi dans ce coin de la Ville rose, où le gris des barres d’immeuble est devenu la toile de fond de leurs deals. Pour se réapproprier l’espace public et redonner aux gens l’envie de s’y balader, les plus gros bailleurs sociaux du secteur ont décidé de s’organiser. Il y a quelques mois, ils ont créé Coop’IB, une coopération inter-bailleurs, qui permet de structurer les projets de terrain.

Cette semaine, elle prend forme à travers un atelier graffiti mis en place en partenariat avec l’association « Vivre ensemble ». Encadrés par l'artiste BigDaddy Moun, connu pour ses fresques autour des Comics, plusieurs jeunes de 12 à 17 ans manient les bombes de couleurs pour donner vie à Wonder Woman sur un mur de la place Nikki de Saint-Phalle.

« C’est l’acte 1 de plusieurs graffitis que l’on projette de réaliser sur cette barre d’immeubles Tintoret-Goya-Titien de 1,3 km de long. C’est un moyen pour nous de lutter contre les dégradations, d’investir positivement l’espace public et d’impliquer les jeunes habitants », avance Stéphanie Erales du groupe Les Chalets.

De l’art accessible à tous

A ses côtés, Mourad Benghoune, coordinateur de l’association Vivre Ensemble acquiesce. « Les jeunes avec qui nous travaillons sont sur la pente glissante, ils sont en décrochage scolaire. Nous nous sommes posé la question : qu’est ce qu’ils veulent faire de l’espace où ils vivent », raconte le jeune homme. Deux ans après avoir eu l’idée, le projet se concrétise enfin.

Et le thème choisi autour de la femme n’est pas anodin. « Dans les quartiers il y a un vrai travail à faire sur sa place et son image », poursuit Mourad qui surveille du coin de l’œil l’état d’avancement de la fresque.

Certains jeunes passent en secours, s’arrêtent et décident de mettre eux aussi de donner un coup de main. « Ouais, on va pouvoir la voir tous les jours », avance l’un d’eux, masquant une certaine fierté.

« Au début, les jeunes sont parfois réticents, après ils ne lâchent plus la bombe. Je veux leur montrer que même si c’est de l’art, c’est accessible, n’importe qui peut y arriver », plaide BigDaddy Moun. Cette année, quatre autres graffitis vont ainsi fleurir sur les murs de Bellefontaine, l’un des trois quartiers qui compose le Mirail.