VIDEO. «Gilets jaunes » à Toulouse: Un rapport pointe un maintien de l'ordre «disproportionné» lors des manifestations

OBSERVATOIRE L’Observatoire des pratiques policières de Toulouse vient de publier son rapport sur le maintien de l’ordre au cours des manifestations, notamment des « gilets jaunes »

Beatrice Colin

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Deux membres de l'Observatoire des pratiques policières, à Toulouse, lors de l'acte 14 des
Deux membres de l'Observatoire des pratiques policières, à Toulouse, lors de l'acte 14 des — F. Scheiber / SIPA
  • L’Observatoire des pratiques policières de Toulouse vient de publier un rapport très critique sur le maintien de l’ordre au cours des manifestations, notamment celles des « gilets jaunes ».
  • Les membres de l’OPP jugent le dispositif de maintien de l’ordre « disproportionné » et demandent notamment le retrait des LBD et des grenades de désencerclement.
  • Un syndicat policier dénonce « un rapport à charge ».

Equipés de leur calepin, d’appareils photo et de caméras, ils sont de toutes les manifestations, en particulier celles des « gilets jaunes ». En deux ans, ces citoyens ont arpenté les rues de la Ville rose à 50 reprises, prenant près de 4.600 clichés et plus de 50 heures de vidéos. Pas pour les partager sur les réseaux sociaux mais pour nourrir le rapport qu’ils viennent de rendre public. Adhérents au Syndicat des avocats de France, à la Ligue des droits de l’Homme ou à la Fondation Copernic, ces 24 personnes sont tous membres de l'Observatoire des pratiques policières (OPP), repérables à leur chasuble « bleu et jaune ».

« Notre objectif est d’étudier l’organisation des dispositifs policiers et d’analyser les rapports de la police avec les citoyens », pose Pascal Gassiot de la Fondation Copernic.

Au début, lors de leurs premières apparitions au cours des manifestations déclarées contre la Loi Travail, l’accueil a été plutôt « sympathique » de la part des forces de l’ordre. Avant de se dégrader progressivement selon lui.

« Judiciarisation du mouvement »

« Rien que sur la manifestation du 13 avril, il y a eu quatre observateurs blessés alors que sur l’ensemble des autres nous en avions recensé sept », poursuit Pascal Gassiot.

Mais au-delà de leur situation propre, les observateurs dénoncent la mise en place « de dispositifs disproportionnés » et « une escalade dans les armements ». Comme de nombreux « gilets jaunes », ils pointent du doigt notamment l’usage « immodéré des lanceurs de balles de défense (LBD) », des grenades explosives et « l’utilisation massive, sans précédent à Toulouse, des gaz lacrymogènes ».

Pour les auteurs du rapport, « les forces de l’ordre s’affranchissent aussi parfois du code de procédure pénale », déplore Benjamin Francos, membre du Syndicat des avocats de France. Il dénonce « une véritable judiciarisation du mouvement qui participe à la stratégie de la peur » et incite les gens à ne plus manifester alors que selon lui « le désordre est créé par les forces de l’ordre elles-mêmes, pour mieux légitimer la répression ». Et de rappeler qu’avec 39 condamnations, Toulouse arrive en deuxième position des villes « les plus répressives de France ».

Ce rapport n’évoque pas la manifestation du 13 avril qui a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Les membres de la Ligue des droits de l’Homme, de la CGT et de FSU avaient dénoncé dès dimanche une « intervention brutale des forces de police », les empêchant de manifester s’opposant ainsi à « l’exercice du droit à la liberté d’expression ».

« Un rapport à charge »

La préfecture a indiqué de son côté que l’usage important de lacrymogènes ce jour-là avait été nécessaire pour disperser des manifestants violents. « L’usage de la force par les forces de sécurité intérieure est strictement encadré par la loi qui soumet son usage aux principes d’absolue nécessité et de proportionnalité, c’est-à-dire de réponse graduée au regard des circonstances », a réagi le préfet après lecture du rapport.

Se référant aux violences perpétrées par les manifestants, « qui n’ont plus rien à voir avec l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation, l’État via le préfet, son représentant dans le département, a le devoir de garantir la sécurité de tous, par les moyens les plus appropriés, y compris l’usage de la force », poursuit la préfecture dans un communiqué.

« C’est un rapport à charge. Ils font ressortir des éléments, mais jamais dans l’intégralité de la scène. Il n’y a pas une réponse disproportionnée mais une juste riposte à toutes les offensives, les dispositifs sont conformes », assure Didier Martinez, délégué régional Unité SGP-Police.

Pour le syndicaliste, « ces observateurs voient les hostilités des manifestants et ne relèvent que les ripostes policières ». Pas question non plus selon lui de remettre en cause la présence de la brigade anticriminalité (BAC) lors de ces manifestations, comme le recommande l’OPP. « Ils voudraient que les policiers soient là seulement pour absorber la violence, la BAC est très mobile et nécessaire », affirme-t-il.