L'imminence du Brexit a boosté les demandes de naturalisation des Britanniques en Occitanie

SOCIETE Dans la région Occitanie, terre d’adoption de nombreux Britanniques, les demandes pour obtenir la nationalité française ont beaucoup augmenté depuis trois ans

Beatrice Colin

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Alors que le Brexit se profile, dans le Sud-Ouest, terre d'accueil de nombreux Britanniques, les demandes de naturalisation vont bon train.
Alors que le Brexit se profile, dans le Sud-Ouest, terre d'accueil de nombreux Britanniques, les demandes de naturalisation vont bon train. — M. GILE/SIPA
  • Depuis le référendum du 23 juin 2016 en faveur du Brexit, de nombreux ressortissants britanniques ont décidé de prendre la nationalité française.
  • Dans le Sud-Ouest, terre d’adoption de nombreux « British », les demandes ont doublé en l’espace de deux ans, voire plus parfois.
  • Faites très souvent par conviction, ces demandes prennent du temps malgré les modalités mises en place par les services de l’Etat.

Le soleil tape ce matin de mars à la terrasse du Café du centre, à Montcuq. Autour d’un café crème et d’une tasse de thé, les discussions se font souvent en anglais. Cette bourgade du fin fond du Lot, rendue célèbre grâce à  l'humoriste Daniel Prévost, a en effet des airs très british depuis plusieurs années déjà. Au point que le vendredi soir, un fish & chips est proposé à la carte.

« Quand je me suis installée ici il y a dix ans, tout le monde m’a dit qu’il y avait beaucoup d’Anglais », confirme Rosamund Williams, conseillère municipale de la petite commune de moins de 2.000 âmes. Sujette de sa Majesté, elle est aussi depuis un peu plus d’un an une citoyenne française, carte d’identité à l’appui.

« J’y avais pensé avant le Brexit. Après le vote, je me suis décidée et comme je pouvais garder aussi ma nationalité britannique c’était plus simple, car je n’ai pas envie de me débarrasser complètement de mes racines, même si en ce moment j’ai vraiment honte du gouvernement britannique », relève dans la langue de Molière cette microbiologiste à la retraite. Aujourd’hui présidente d’une association de sauvegarde du patrimoine, si elle voulait rester élue de sa commune d’adoption, être Européenne était aussi un prérequis.

Hausse de 250 % des naturalisations en Ariège

Marianne Fox, agent immobilier à Mauvezin, partage ce sentiment. Elle a fait sa demande deux jours seulement après le référendum. « Et quand je vois tout ce qui se passe aujourd’hui, je me dis que j’avais raison », assure celle qui a posé ses valises dans le Gers voilà dix-neuf ans.

« Faire cette démarche était assez simple, je paie mes impôts ici, j’y ai passé presque la moitié de ma vie, je me sens Européenne, Britannique et Française », insiste-t-elle. Au-delà de son attachement aux Frenchies et à leur pays, elle voit aussi un côté pratique à cette nouvelle citoyenneté. « Avoir deux passeports, cela simplifie aussi les choses car je voyage et j’ai encore de la famille en Angleterre », poursuit Marianne, qui s’est rendue outre-Manche au cours du mois de mars, tout en s’assurant être de retour avant la date du 29 mars.

Trois ans après le choc des urnes, quand elle voit le temps d’attente pour obtenir aujourd’hui un rendez-vous en préfecture, elle ne regrette pas d’avoir pris sa décision dès 2016. Et comme elle, ils sont nombreux à avoir sauté le pas ces derniers mois. Dans le Lot, où résident plus de 2.300 ressortissants britanniques selon l’Insee, l’an dernier, 40 d’entre eux ont été naturalisés, quand ils étaient seulement six deux ans plus tôt. En Ariège, ce chiffre a bondi de 250 % entre 2017 et 2018.

En Haute-Garonne, où les demandes sont passées de 134 l’année du référendum à 277 en 2018, les services de la préfecture de région ont ouvert un guichet dédié en novembre dernier.

Longueur et jungle administrative

« Mais les délais sont très longs à Toulouse. C’est vrai un défi de trouver un créneau », relève Curt. Cet Anglais, marié à une Française, a depuis septembre 2017 la double nationalité. Pour aider les Britanniques a s’y retrouver dans les méandres administratifs, il gère un groupe Facebook dédié à la question, loin des sites marchands qui se sont démultipliés ces derniers temps.

Chacun peut solliciter à la volée des tuyaux sur les pièces à fournir, du certificat de mariage des parents aux traductions assermentées. Certains y livrent aussi leur parcours du combattant, comme ce ressortissant qui s’est vu refuser son dossier à trois reprises à cause de problèmes de pièces, dont une fois pour un document mal tamponné.

Une barrière de procédures que certains ont du mal à passer. Airbus, qui compte en France près de 800 ressortissants britanniques, s’est rapproché des services de l’Etat « pour mieux connaître les démarches qui seront à effectuer pour ces salariés ».

Katie, en France depuis deux ans et dont le mari est employé par l’avionneur européen, a fait des démarches pour avoir une carte de séjour. Et cela a été plus rapide que pour une demande de naturalisation, dont l’obtention n’est jamais acquise. « Je l’ai eu en cinq à six semaines. Mais c’est vrai que pour les naturalisations c’est la galère. Mon beau-père de 78 ans, qui a une maison dans le Tarn, a déposé sa demande il y a trois ans et l’a eu il y a cinq semaines seulement », confirme cette mère de famille qui craint avant tout l’après Brexit.

« Nous ne savons rien. En 2016, lors du référendum, on ne nous a pas dit quelles seraient les conséquences et les gens ont voté sans rien savoir », conclut un brin dépité Julia Barton, installée comme Rosamund Williams à Montcuq. A 77 ans, elle ne s’est pas lancée dans le périple de la naturalisation, celui de la carte de séjour « est déjà compliqué ». Et elle ne s’interdit pas de retourner un jour en Angleterre, même si aujourd’hui elle pose un regard « triste » sur la « folie » qui s’est emparée de son pays.