Salon de l'agriculture: Pourquoi l'agneau des Pyrénées joue son destin à Paris

PASTORALISME L’avenir des bergers des Pyrénées se joue en partie dans la capitale, au Salon de l’agriculture, où élus et éleveurs bataillent pour obtenir l’indispensable macaron de l’Indication géographique protégée (IGP)

Helene Menal

— 

Un troupeau en transhumance dans les Pyrénées.
Un troupeau en transhumance dans les Pyrénées. — CD31
  • En retrait des stands du Salon de l’agriculture se déroulent des tractations cruciales.
  • Cette année, des élus et éleveurs, et notamment ceux de la Haute-Garonne, tentent de décrocher une IGP pour l’agneau des Pyrénées.
  • Ce macaron est un espoir de préserver la filière, et par là les paysages du massif.

Normalement en février, Laurent Jamme est sur son exploitation pyrénéenne de Bourg d’Œil, perchée à 1.300 mètres d’altitude. Il y soigne, avec son frère, leurs 1.000 brebis bien rustiques en regardant passer les skieurs de la petite station voisine. Cette année, le berger haut-garonnais est à Paris, au Salon de l’agriculture. Parce que c’est là que se joue son avenir, et celui de quelque 200 collègues. Là qu’il saura s’il peut espérer « mettre du beurre dans les épinards ».

Car une réunion cruciale, et «constructive», a eu lieu mercredi soir sur un stand. Elle a vu les représentants de la filière et les élus du massif rencontrer les membres du fameux Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), le seul organisme habilité à porter jusqu’à Bruxelles la demande d’Indication géographique protégée (IGP) pour l’agneau des Pyrénées. Cette estampille jaune et bleu, la profession l’attend depuis 10 ans.

Lait maternel et bonne herbe des estives

Et c’est donc au Salon que tout se joue. « Parce que c’est le seul lieu où on peut réunir professionnels et politiques autour d’une table et se rapprocher de Paris », glisse Bernard Bagnéris, le conseiller départemental de Haute-Garonne, en charge du dossier, réactivé voilà deux ans par la collectivité. Il a fallu notamment renouer avec les éleveurs basques, détenteurs depuis 2012 d’une IGP «Agneau de lait des Pyrénées».

Concrètement, l’IGP va garantir aux consommateurs que l’agneau a été allaité pendant 60 jours par sa mère et qu’elle-même a brouté la bonne herbe des estives des Pyrénées. Et pour les bergers ? « Le consommateur va pouvoir se raccrocher à une marque de qualité, le tarif va augmenter, la production être valorisée, ce qui va assurer le revenu et la pérennité des agriculteurs », résume en spécialiste Jean-François Layrisse, éleveur et président de Commission ovine des Pyrénées centrales (Copyc).

Un enjeu pour le paysage

Bernard Bagnéris voit plus large. « Si les exploitations sont pérennisées, c’est la garantie de préserver les paysages ou encore l’abattoir de Saint-Gaudens », dit-il. Sans compter l’assurance d’une tonte naturelle pour les chemins de randonnée et les pistes de ski.

Si la réunion porte ses fruits dans les semaines qui viennent, les éleveurs des Pyrénées peuvent espérer obtenir l’IGP en 2020. Pour l’instant, au Salon, l’agneau des Pyrénées est dans les assiettes du stand de la Haute-Garonne, « juste grillé à la plancha, avec du gros sel ». S’ils décrochent le macaron, promis, les bergers débarqueront avec tout un troupeau l’année prochaine.