Démission de profs principaux, lettres à Macron… Pourquoi la réforme Blanquer suscite tant d’oppositions

EDUCATION Les enseignants de lycées multiplient en Haute-Garonne les actions pour dénoncer « la précipitation » dans laquelle est mise en place la réforme Blanquer

Beatrice Colin

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Des enseignants du lycée Bellevue ont envoyé plus de 300 courriers au chef de l'Etat pour dénoncer la réforme Blanquer.
Des enseignants du lycée Bellevue ont envoyé plus de 300 courriers au chef de l'Etat pour dénoncer la réforme Blanquer. — B. Colin / 20 Minutes
  • De nombreux professeurs sont opposés à la réforme Blanquer qui doit transformer le lycée et le bac dès 2021.
  • Depuis un mois, les lycées de Haute-Garonne sont confrontés à des démissions en série de professeurs principaux.
  • Ce mercredi, des professeurs toulousains ont envoyé plus de 300 lettres à Emmanuel Macron pour demander un moratoire sur cette réforme.

Ils estiment ne plus pouvoir remplir correctement leur rôle auprès des élèves et de leurs parents. Depuis quelques semaines, plusieurs enseignants de la Haute-Garonne ont rendu leur tablier de professeurs principaux de classe de seconde.

Opposés à la réforme proposée par leur ministre de tutelle, Jean-Michel Blanquer, ce mercredi, des professeurs toulousains du lycée Bellevue ont décidé d’envoyer plus de 300 lettres au président de la République. Ecrites par les parents d’élèves et les membres du corps enseignant, elles expliquent, parfois sur le ton de l’humour, les nombreux griefs à l’encontre, notamment, du futur baccalauréat.

« Impossible d’orienter les élèves »

Si les professeurs principaux ont décidé de démissionner massivement ces dernières semaines, « c’est parce que nous ne sommes plus capables d’orienter les élèves correctement », déplore Hélène Couderc, professeur au lycée Bellevue. La mise en place des spécialités à partir de l’an prochain en première est pour elle un vrai casse-tête. Au-delà de certaines matières qui restent dans le tronc commun, les élèves devront choisir trois spécialités, et les maths en font partie. « Notre mission est d’accompagner chaque élève et leurs parents, mais on ne sait pas quelles sont les attentes du supérieur et donc comment choisir dès maintenant, en seconde, leur spécialité », relève l’enseignante.

Son collègue, Emmanuel Harvard, cite en exemple une de ses élèves de seconde qui veut s’orienter vers Sciences-Po en seconde. « Elle prendrait en spécialité dès la première Philosophie, Géopolitique et Sciences économiques et sociales. Mais si elle change d’avis, elle ne pourra plus parce qu’elle n’a pas pris Mathématiques », explique-t-il.

Des lycées et des bacs ?

Pour les enseignants mobilisés contre la réforme Blanquer, ces changements vont aussi se traduire par une accentuation des inégalités entre les lycées à travers un « bac local ».

Les établissements vont proposer des « menus » de trois spécialités, il y en aura un certain nombre par établissement. Les copies du bac seront aussi corrigées par des enseignants du lycée où les élèves ont suivi leur scolarité. Chaque établissement pourrait alors avoir son propre système de notation, avec le risque qu'il n'y ait plus d'harmonisation au niveau de l'académie, synonyme de « la fin du bac national ».

Dans leurs courriers envoyés à Emmanuel Macron, les enseignants du lycée Bellevue dénoncent la précipitation et demandent la mise en place d’un moratoire

Qui pour remplacer les professeurs principaux ?

Ces dernières semaines, que ce soit au lycée Déodat-de-Séverac à Toulouse ou Henri-Matisse à Cugnaux, les démissions de professeurs principaux se sont multipliées. Au-delà de leur rôle en matière d’orientation, ces enseignants sont un rouage pour l’administration.

Leurs missions vont devoir être désormais assurés par la direction du lycée ou les conseillers principaux d’éducation si aucun enseignant ne vient remplacer son collègue sur cette fonction. Or de nombreux professeurs se sont engagés à ne pas prendre le relais.