Toulouse: 80 ans après, ce qu'il reste de la Retirada, l'exil des républicains espagnols

COMMÉMORATION Il y a 80 ans, 470.000 républicains espagnols franchissaient les Pyrénées pour fuir la dictature franquiste. Cette Retirada a durablement changé le visage de Toulouse

Helene Menal

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Des soldats républicains fuyant l'Espagne pour la France en février 1939.
Des soldats républicains fuyant l'Espagne pour la France en février 1939. — STF - AFP
  • En février 1939, une « avalanche » de républicains espagnols passait les Pyrénées pour fuir les troupes franquistes.
  • Ils ont fait de Toulouse leur capitale de l’exil.
  • 80 ans après, la ville ne serait pas la même sans la Retirada.

« Un jour, j’ai pris la navette électrique du centre-ville. Et je me suis rapidement aperçu que sur la dizaine de gens qui se trouvaient là, les trois-quarts parlaient espagnol ». A travers cette anecdote, José Martinez Cobo illustre que Nougaro n’est pas tombé dans le cliché en faisant pousser la corne de l’Espagne jusqu’à Toulouse. Le cardiologue avait cinq ans et demi en février 1939 quand il a fui la dictature franquiste avec près de 470.000 républicains espagnols. Quatre-vingts ans après, il se refuse à « commémorer » cette Retirada. « En France on ne commémore pas la défaite de Waterloo », glisse-t-il. Les cicatrices grattent encore mais cet exil a changé le visage de Toulouse.

Capitale de l’exil

On a coutume de dire que 10 % de la population de la ville est d’origine espagnole et que 20.000 seraient issus de la Retirara. Bruno Vargas, de l’université Champollion de Rodez, reste prudent sur les chiffres. « Il y a eu plusieurs vagues d’immigration au cours du XXe siècle. En 1952, les renseignements généraux recensent par exemple 24.000 Espagnols en Haute-Garonne ».

En fait, l’universitaire préfère parler de « visibilité ». Avec les républicains espagnols, c’est une vague d’idéalistes qui a déferlé. « Ils se sont rapidement investis dans la vie culturelle, syndicale et politique, souligne le chercheur. Et bien souvent, c’est à Toulouse que les sièges de leurs organisations ont été installés et faisaient leur congrès ». « On avait même ouvert un ciné-club, rue du Taur », ajoute José Martinez Cobo. La future cinémathèque.

Leur histoire faisait aussi qu’ils avaient « une foi viscérale et laïque dans l’école républicaine ». « Alors que les arrivants se sont retrouvés déclassés, l’ascenseur social a très bien fonctionné pour la deuxième génération », assure Bruno Vargas. José Martinez Cobo en est la preuve vivante. « Mais les premiers temps ont été difficiles, se souvient-il Au départ, on nous appelait les "rouges". Ensuite, comme beaucoup se sont investis dans la Résistance, en 1945 nous étions devenus les républicains ».

Très, très mal reçus

Le médecin assure que les Toulousains ont toujours eu « de la sympathie et même de l’empathie pour les exilés ». Sa famille a eu la chance de ne pas passer par les camps des Pyrénées-orientales, puis plus tard d’Ariège ou de Portet.

« Ils ont été parqués comme des animaux, rappelle Bruno Vargas. Pourtant la France était prévenue. Mais la guerre et la mobilisation se préparaient, on a joué la politique de l’autruche, puis paré au plus pressé. A l’humiliation de la défaite, s’est ajouté le choc d’être très, très mal reçus dans le pays des droits de l’Homme ».

Sur cet épisode terrible, les républicains espagnols sont toujours restés pudiques. Il faut sans doute voir dans la multiplication des commémorations qui entoure les 80 ans de la Retirada, la manifestation d’une « mauvaise conscience » toujours vivace dans la région.

 

Ce vendredi soir, à 18h30, le Conseil départemental organise une table ronde sur l’héritage de la Retirada, à laquelle participent Bruno Vargas et José Martinez Cobo. Elle sera suivie d’un concert de Vincente Pradal, accompagné de ses enfants.