Toulouse : Calendrier, utilité… la 3e ligne de métro dans le viseur des juges financiers

TRANSPORTS Dans un rapport, la Chambre régionale des comptes se penche sur la gestion de Tisséo-Collectivités. Elle y « épingle » le projet de troisième ligne de métro.

Helene Menal

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Vue d'artiste de la 3e ligne de métro de Toulouse.
Vue d'artiste de la 3e ligne de métro de Toulouse. — Tisseo
  • La chambre régionale des comptes dévoile ce mercredi un rapport sur la gestion de Tisséo-Collectivités, l’autorité organisatrice des transports.
  • Les juges financiers ont décortiqué le projet de 3e ligne de métro.
  • Ils ont des doutes sur son calendrier, son financement et son efficience.

C’est LE projet de la décennie à Toulouse​. Celui qui agitera probablement la campagne des municipales 2020.  La 3e ligne de métro, longue de 27 km, qui doit relier Colomiers à Labège et transporter 200.000 passagers par jour, est au centre des attentions.

Les futurs usagers sont globalement enthousiastes, les juges financiers moins. Dans le rapport - très touffu - que la Chambre régionale des comptes d'Occitanie consacre à Tisséo-Collectivités et que 20 Minutes a pu se procurer, les magistrats émettent disons des « réserves » sur le projet Toulouse Aerospace Express (TAE). Voici ce qui les chiffonne.

Un calendrier (trop) volontarisme

Au départ, la mise en service de la ligne était annoncée pour 2024. Après l’issue infructueuse du marché de maîtrise d’œuvre, Tisséo a décalé récemment - mais officiellement - à 2025. Les juges financiers sont plus pessimistes : « Les retards accumulés sur les phases amont (…) compromettent [sa] réalisation dans le calendrier initialement prévu, écrivent-ils. La mise en service ne se fera au mieux qu’en 2027 ». Sur ce point Tisséo-Collectivités préfère le tacle à la réponse technique : l’entité « regrette que la Chambre fasse sienne l’analyse défendue par les élus d’opposition, sans aucune démonstration probante »…

«Un aléa fort sur le coût final »

Annoncé au départ, à 1,7 milliard d’euros, le coût de la ligne est désormais réévalué à 2,33 milliards. Mais la Chambre souligne qu’un « aléa fort demeure sur le coût final (…) faute d’achèvement des études techniques préalables ». Elle rappelle que le projet « contraindra les équilibres financiers des collectivités membres de Tisséo pendant les 25 prochaines années ». Tisséo répond de son côté qu’une provision « pour risques et aléas de 15 % » est intégrée dans l’estimation.

Un doute sur l’efficacité

Enfin, au fil du rapport, les juges émettent des doutes sur la capacité de cette longue ligne de métro à absorber les « navetteurs » et donc à réduire vraiment la pollution (autant dire les bouchons). Ils soulignent plusieurs fois la disproportion entre les investissements qui seront consentis sur cet axe sud-est/nord-ouest et le sud/sud-ouest de l’agglomération (Muretain, Oncopole, Basso-Cambo, Saint-Martin-du-Touch, Tournefeuille) qui pour l’heure devra se contenter d’un téléphérique.

Du grain à moudre à n’en pas douter pour les futurs débats électoraux.

Le rapport de la Chambre régionale des comptes sera officiellement rendu public ce mercredi 6 février. Tisséo n’a donc pas souhaité le commenter avant cette date. Il a en revanche répondu par écrit aux juges. Ce sont ces « réponses » que nous retranscrivons en partie ici.