Toulouse: Enfin une étude sur l'impact de la pollution plastique sur les rivières et les poissons

ENVIRONNEMENT La pollution plastique charriée par les rivières est un fléau. Mais son ampleur et son impact sur la biodiversité restent un mystère. Des chercheurs du CNRS s’attaquent au sujet en faisant de la Garonne un laboratoire géant…

Helene Menal

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Observation d'un prélèvement effectué dans l'eau de la Garonne, en aval de Toulouse.
Observation d'un prélèvement effectué dans l'eau de la Garonne, en aval de Toulouse. — Vincent Nguyen - Plastigar - CNRS
  • Deux laboratoires toulousains du CNRS se lancent dans une étude à ce jour inédite sur la pollution plastique dans les rivières.
  • Ils veulent quantifier les microplastiques qui contaminent la Garonne.
  • Et savoir si les intrus circulent aussi dans la chaîne alimentaire.

Deux laboratoires toulousains du CNRS viennent de se lancer dans l’étude PlastiGar (pour Plastique Garonne). Les scientifiques estiment en effet qu’entre 8 et 15 millions de tonnes atterrissent dans l’océan chaque année, mais aucune étude n’a pour l’instant vraiment quantifié cette pollution, ni évalué son impact sur la biodiversité.

L’objectif des laboratoires est de quantifier « les variations spatiales et temporelles des concentrations en microplastiques » dans le fleuve mais aussi de savoir si la pollution se transmet dans la chaîne alimentaire quand elle est ingérée. En effet, récemment, des microplastiques - des morceaux parfois invisibles à l’œil nu, issus de la fragmentation de déchets plus gros - ont été retrouvés chez la moitié des invertébrés des rivières du pays de Galles.

Des poissons vont régurgiter

Cette pêche aux infos inédite va durer trois ans, dans un laboratoire de 200 kilomètres de long. Depuis les eaux réputées pures du piémont des Pyrénées jusqu’à Agen, quatorze sites ont été retenus en tout, supposés « peu ou très contaminés ». Les premiers filets pour capturer et filtrer les microplastiques dans l’eau ou la vase ont été tendus lundi 15 octobre.

« On les porte, on attend à côté, et on les tire à la main », précise Alexandra Ter Halle, physico-chimiste au Laboratoire Intéractions moléculaires et réactivité chimique et photochimique (IMRCP-CNRS/UT3). Sauf que ces filets ont des mailles très, très fines, jusqu’à 25 microns de diamètre.

Des microplastiques collectés dans la Garonne en 2016.

Prélèvements sur la biodiversité

Les échantillons, recueillis quatre fois par an, seront ensuite analysés en laboratoire. Parallèlement, des prélèvements se feront sur la biodiversité : « Nous analyserons des microalgues, comme les diatomées, et nous comparerons celles qui se développent sur des rochers ou des bidons en plastique », précise Julien Cucherousset, chargé de recherche au  Laboratoire Evolution et diversité biologique (EDB, CNRS-UT3).

Sans compter les poissons qui vont devoir « régurgiter leur bol alimentaire »… ou perdre une nageoire. Les résultats finaux donneront aussi la part de responsabilité de Toulouse et de son agglomération dans ce fléau.