Toulouse: Jugé humiliant, le bizutage des élèves infirmiers fait des vagues

UNIVERSITE Alors que le bizutage est théoriquement interdit par la loi, celui réservé mercredi aux élèves de première année en soins infirmiers de Toulouse fait polémique. Des étudiantes se sont senties humiliées...

Helene Menal

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Un bizutage à base d’œufs et de farine. Illustration
Un bizutage à base d’œufs et de farine. Illustration — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Le bizutage des nouveaux élèves infirmiers de Toulouse crée la polémique.
  • Ils ont été notamment attachés et sommés d'entonner des chansons salaces.
  • La CGT a saisi le CHSCT du CHU, et la direction de l’établissement diligenté une enquête interne.

Le bizutage a beau être interdit par la loi en France depuis 1998, la tradition se perpétue. Il n’y a qu’à se promener au centre-ville de Toulouse ces derniers jours pour s’en rendre compte. Certains restent potaches et bon enfant. D’autres moins.

Celui infligé mercredi 5 septembre aux quelque 250 élèves infirmiers de première année à Toulouse passe mal selon la CGT du CHU qui tire la sonnette d’alarme après avoir recueilli les témoignages d’étudiantes qui se sont senties « humiliées ».

Attachés avec du scotch avant les chansons salaces

Selon le syndicat, les petits nouveaux ont été attachés deux par deux avec du scotch par une centaine de leurs aînés, « certains et certaines les mains entre les jambes d’autres ».

Ils ont ensuite été conduits dehors pour la phase classique d’aspersion de diverses substances : œufs, farine mais aussi bétadine, coca, vinaigre… « Y compris dans les yeux ». Sans compter, l’obligation d’entonner des chansons aux paroles dégradantes du type « La fellation, c’est tellement bon »…

«Tout le monde veut que ça s’arrête »

Deux élèves infirmiers de Toulouse, attachés l'un à l'autre avec du scotch, lors de la séance de bizutage du 5 septembre 2018.

« Cela a duré plus d’une heure », précise la CGT qui dès ce jeudi matin a déclenché une « procédure de danger imminent » via son Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

« Nous ne demandons pas que les élèves bizuteurs soient sanctionnés, précise Pauline Salingue, la secrétaire du CHSCT. Notre objectif est que ça ne se reproduise pas l’année prochaine. Car certains élèves qui l’ont mal vécu s’expriment, mais quand on gratte un peu, on s’aperçoit que tout le monde veut que ça s’arrête. »

Enquête interne

La direction du CHU, accusée d’avoir laissé faire par la CGT, a réagi en début d’après-midi assez fermement, en parlant des « réminiscences d’une tradition inacceptable ». « Ces manifestations ne sont pas conformes aux valeurs hospitalières de l’établissement », indique un porte-parole.

Une « enquête interne sur les événements » a été lancée en lien avec le CHSCT. A son issue « s’il devait être constaté des débordements contraires à la règle instituée, un rappel à la discipline sera engagé contre les responsables ».

Le règlement intérieur de Pôle régional d’enseignement et de formation aux métiers de santé de Toulouse (PREFMS) interdit le bizutage. Visiblement, beaucoup d’étudiants l’ont signé sans le lire.

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