Compagnons de désespoir

. H. M. - ©2008 20 minutes

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Au-dessus de la photo de l'Abbé Pierre, un drap noir recouvre le portail de bois de la communauté Emmaüs de Labarthe-sur-Lèze. Le signe du deuil, après la mort de cinq compagnons dans l'accident de l'autoroute A 9. Dans « la famille » des victimes, la journée a oscillé entre la frénésie des condoléances et le recueillement. « On a bien reçu trois cents coups de fil, des autres communautés ou de nos clients », raconte Christian, préposé au standard en cette fin d'après-midi. Près de lui dans le petit bureau, des compagnons silencieux, tête baissée et au bord des larmes. Beaucoup se sont isolés et quelques-uns sont allés voir la psychologue. Sur leurs disparus, Jean-Louis, Didier, André, Laurent et Gérard, les compagnons restent discrets. « C'était des aficionados et c'est pour ça qu'ils ont fait la sortie à Arles ensemble. »

« Les nouvelles arrivent au compte-gouttes. Jean-Pierre est entre la vie et la mort. Mais David a repris connaissance. Pour les autres, on attend les corps. Ici, on ne demande rien sur le passé des compagnons et on se charge des enterrements », explique Jean-Pierre Ramé, un des administrateurs. Il tient à la main un cahier plastifié vert, le « registre des condoléances » qui déborde de fax et de témoignages