VIDEO. Grâce à un étudiant toulousain sourd, la Langue des signes française a enrichi son vocabulaire

HANDICAP Pour mieux accompagner un de ses élèves sourds, l’Insa de Toulouse a créé un glossaire « Génie civil » en Langue des signes française…

Béatrice Colin
Cyril Claudet, étudiant en 5e année à l'Insa Toulouse avec son enseignant Thomas de Larrard et Alain Bacci, interprète en LSF (à gauche).
Cyril Claudet, étudiant en 5e année à l'Insa Toulouse avec son enseignant Thomas de Larrard et Alain Bacci, interprète en LSF (à gauche). — B. Colin / 20 Minutes
  • Une cinquantaine de vidéos, accessibles à tous, a été réalisée pour expliquer des termes scientifiques en rapport avec le génie civil.
  • Ce lexique filmé a été créé pour accompagner Cyril, un étudiant en 5e année à l’Insa Toulouse.

Température sèche, module de Young, diagramme de l’air humide, batterie chaude… Des mots dont la signification échappe peut-être au commun des mortels mais qui font partie du quotidien des ingénieurs en génie civil et mécanique. Il y a encore peu, ces termes techniques n’avaient pas de traduction en Langue des signes française (LSF).

Ce qui a rapidement posé des problèmes à Cyril Claudet, un étudiant sourd en 5e année à l'Insa Toulouse. Ainsi qu’à ses interprètes présents en cours.

« Nous avions des difficultés à échanger sur des thématiques de haut niveau avec Cyril, il a donc fallu que l’on construise un moyen de communiquer et nous nous sommes rendu compte que cela allait bénéficier aux autres écoles mais aussi à l’ensemble de la profession », explique Nathalie Domède, une de ses enseignantes.

En ligne et accessible au plus grand nombre

Et l’idée a ainsi germé de créer un glossaire de concept scientifique en LSF sous forme de vidéos. Réunis autour de Cyril, des professeurs et des membres de la société Interpretis ont ainsi traduit des concepts parfois complexes.

« Ce n’est pas une traduction mot à mot, c’est plus comme un étudiant qui prend des notes. Par exemple le mot force existe en langue des signes pour exprimer la force musculaire, mais cela n’a pas le même sens en mécanique », explique Cyril. Un terme qui fait l’objet d’une vidéo accessible en ligne. Au total, une cinquantaine va être éditée et mises gratuitement à la disposition du plus grand nombre.

« Pendant un siècle, la langue des signes n’a pas eu le droit de citer en France, dans beaucoup de domaines elle n’a pas été enrichie et est déficiente. Aujourd’hui, Airbus travaille par exemple à un lexique dédié à l’aéronautique », explique Alain Bacci de Interpretis.

Au fil des ans, ce recueil pourra être enrichi. Et servira aux autres étudiants sourds de l’Insa, mais aussi aux professionnels du secteur. Pour l’heure, peu de lycéens souffrant de ce handicap poursuivent des études, faute d’accompagnement.

Peu d’étudiants sourds

« Il y a 120.000 élèves dans le secondaire mais seulement 20 à 24.000 dans l’enseignement supérieur, dont 90 % en université. Et 1 % d’entre eux atteint le niveau bac +5. C’est un vrai enjeu, en particulier pour les écoles d’ingénieur », relève le directeur de l’Insa Toulouse, Bertrand Raquet., dont la Fondation a financé la réalisation du glossaire.


Son établissement compte une cinquantaine d’étudiants en situation de handicap et une chaire a été créée en 2014 spécifiquement sur cette question.