«Il y a une dérive vers l’irrationnel» selon un spécialiste des phénomènes paranormaux

INTERVIEW Yves Lignon, spécialiste des phénomènes paranormaux, vient de publier un « Petit guide scientifique du voyageur au pays du paranormal ». Il évoque des cas inexpliqués et met en garde contre les charlatans…

Propos recueillis par Béatrice Colin
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Une boule de cristal.
 (illustration)
Une boule de cristal. (illustration) — Sunshine international / SIPA
  • « Un des axes de ma démarche est de m’opposer aux dérives vers l’irrationnel. »
  • « Les personnes qui font de la parapsychologie dans leur grande majorité sont des gens qui exploitent la détresse. »

Les apparitions de dames blanches au bord de la route ou encore les prémonitions sont des sujets auxquels il se frotte régulièrement. Professeur de mathématiques de l’université Jean-Jaurès à la retraite, Yves Lignon qui a animé de nombreuses émissions sur les phénomènes inexpliqués vient de sortir un nouvel opus aux éditions La Vallée Heureuse : Petit guide scientifique du voyageur au pays du paranormal. Il a répondu aux questions de 20 Minutes.

Vous avez déjà beaucoup écrit sur les phénomènes paranormaux. Pourquoi ce nouvel opus ?

Un des axes de ma démarche est de m’opposer aux dérives vers l’irrationnel, comme ce médecin qui vend des communications avec les morts sous hypnose. Il y en a de plus en plus en France. Au moment de la disparition de la petite Maëlys, on a vu une page Facebook d’une équipe de médiums qui la recherchait.

Quelle est la frontière entre l’irrationnel et le paranormal ?

Pour le grand public c’est la même chose. Il y a des mystères scientifiques, mais il ne faut pas non plus croire que tous les rêves sont prémonitoires et qu’un gars qui met une plaque devant chez lui de voyance a des visions. En Grande-Bretagne, on peut préparer une thèse sur ces phénomènes dans une bonne dizaine d’universités, pas en France. Et dans le vide, les charlatans se précipitent pour occuper l’espace.

Qu’est ce qu’on peut expliquer scientifiquement ?

On n’explique rien scientifiquement, on constate, on cherche à comprendre. Cela s’explique par des dons naturels, mais on ne sait pas lesquels, on ne les a pas identifiés. Dans mon livre, je donne l’histoire d’un pape du XVIe siècle qui décrit devant des cardinaux une bataille navale qui se déroule à 600 km.

On a tendance à dire que ce n’est pas vrai. Si le fait commence à être établi, c’est là que le problème scientifique commence, il ne faut pas le rejeter, il faut l’étudier. Jusqu’au XVIIIe siècle il n’y avait pas d’explications pour le tonnerre et pourtant on le constatait. Dans l’Antiquité, on expliquait ça par une querelle des dieux et ça, c’est le type d’explications irrationnelles.

Pourquoi ce n’est pas pris au sérieux ?

Les personnes qui font de la parapsychologie dans leur grande majorité sont des gens qui exploitent la détresse. Les gens ont besoin de croire en quelque chose, comme les gens ont besoin de merveilleux. Un cas dans le Gers d’une personne qui se prétend exorciste. Les clients de voyants sont des gens en situation de détresse, de faiblesse psychologique, sous le coup d’un deuil, qui se font exploiter.

Quel est le cas qui vous a le plus marqué ?

Une dame qui m’a appelé un dimanche en me disant qu’elle avait l’impression d’avoir des prémonitions, elle voit des explosions lumineuses, des cortèges funèbres et une petite fille qui se noient dans la boue et que le monde entier la regarde. Le mercredi, il y a eu des explosions volcaniques en Colombie et une petite fille qui s’appelait Omayr a, qui a été filmée par toutes les caméras du monde.

Et comment testez-vous les gens ?

Je demande aux gens qui me disent qu’ils ont des dons de voyance ce qu’il y a sur les cartes que j’ai dans mon tiroir. On compte le nombre de bonnes réponses, si c’est élevé, soit c’est la chance, soit vous avez « vu » les cartes. Entre ces deux hypothèses on a des outils mathématiques qui nous permettent de trancher.