Faut-il avoir peur des silures, ces mastodontes d'eau douce ?

PECHE Ils effraient tout en étant source de convoitises.Deux à trois choses à savoir sur ces mastodontes (et sur les fantasmes qui les entourent)…

Beatrice Colin

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Un silure de 2,50 m a été pêché le 7 septembre sur la rivière Tarn à Gaillac par des amateurs, Thibault, Renaud et Grégory.
Un silure de 2,50 m a été pêché le 7 septembre sur la rivière Tarn à Gaillac par des amateurs, Thibault, Renaud et Grégory. — Fédération du Tarn pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique
  • Les silures NE mangent pas les hommes, mais se nourrissent de poissons.
  • Leur taille XXL n’est pas anormale (ils n’ont pas trop nagé près des centrales nucléaires).

Ils ont de la moustache, la peau visqueuse et font parfois 2,5 m de long et jusqu’à 2,74 m pour celui qui détient le dernier record, battu il y a peu dans les eaux du Tarn. Si un silure venait vous frôler lors d’une baignade en rivière, vous pourriez bien avoir la frayeur de votre vie.

>> A lire aussi : VIDEO. Tarn: Il pêche un silure de 2,74 m (oui vous lisez bien) et bat le record du monde

Mais si le commun des mortels cherche plutôt à éviter ces poissons carnassiers, certains sont prêts à de longues parties de pêche pour les voir arriver dans leurs filets et se prendre en photo avec leur trophée. Il faut dire qu’ils sont de plus en plus gros et de plus en plus présents dans les eaux douces françaises.

Est-ce une nuisance pour les autres espèces ? La réponse est moins simple que la question. Mais on tente de vous éclairer sur l’impact de ces mastodontes (et les fantasmes qu’il suscite)

Un monstre venu d’ailleurs

Les pêcheurs lotois ou gardois du XIXe siècle n’ont jamais dû croiser l’ombre d’un silure. Ce carnassier omnivore a été introduit dans les années quatre-vingt en France, en provenance des eaux du Danube. « Dans le Tarn cela date de 1983. L’espèce s’est développée et acclimatée. C’est un poisson qui devient très gros, donc très intéressant pour la pêche sportive », indique Frédéric Santoul du Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab - CNRS/UPS/INP) qui planche sur l’impact des nouvelles espèces sur la faune locale.

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, les amateurs de belles prises n’hésitent plus à partager leurs pêches miraculeuses.

Et quand ils sont présents dans des endroits plus fréquents, ils suscitent aussi l’intérêt des passants.

Mais pourquoi deviennent-ils de plus en plus gros ?

Primo : le silure (qui n’est pas un poisson-chat transgénique) est le plus gros poisson d’eau douce. Mais si ceux présents dans les rivières françaises mesuraient, il y a une dizaine d’années, près de 1,5 m pour les plus gros, il n’est pas rare aujourd’hui de croiser des spécimens qui dépassent les 2,5 m.

« Ils vivent une quarantaine d’années. Les plus vieux individus introduits en France sont présents depuis plusieurs années et atteignent leurs tailles maximales. Ceux mesurant jusqu’à 2,7 m ont un patrimoine génétique exceptionnel. Il y a des poissons qui vont garder durant plusieurs années la même taille », souligne Frédéric Santoul.

Contrairement aux pays de l’Est où ils sont consommés, ici les silures pêchés sont souvent remis à l’eau et peuvent donc continuer à grossir. Surtout qu’ils n’ont aucun prédateur à part l’homme.

De quoi se nourrissent-ils ?

Les eaux poissonneuses des rivières sont idéales pour les silures qui se régalent de mollusque ou d’écrevisses mais aussi de certains poissons.

« Pour nous la grande question est de savoir si leur présence posera des problèmes. Nous avons des rivières qui ne sont pas très riches en poisson, aujourd’hui elles les supportent. Il n’y a pas d’impact majeur sauf sur les poissons migrateurs. Nous sommes en train de travailler notamment sur les saumons ou l’alose, on sait qu’au niveau des barrages ils en consomment », indique Frédric Santoul.

S’ils n’attaquent pas les hommes, en bon opportuniste qu’ils sont, ils ont trouvé de nouvelles proies pour compléter leurs menus. Il y a quelques années, des pêcheurs albigeois avaient signalé des cas d’attaques de pigeons par des silures. L’équipe de l’EcoLab a décidé d’étudier ça de plus près et de filmer les berges du Tarn.

« Nous avons mis en évidence que des silures s’échouaient volontairement pour chasser des pigeons, c’est une adaptation comportementale », précise Frédéric Santoul.

Sont-ils nombreux ?

Pour en savoir plus sur ces carnassiers, les chercheurs de l’EcoLab mènent plusieurs études de front. L’une d’elle, menée en partenariat avec des fédérations de pêche du Sud-Ouest, consiste à prélever des fragments de nageoire de la taille d’un ongle.

«A partir des analyses génétiques, nous allons retracer les liens de parenté des silures dans différentes stations de la Garone et voir si l’on peut estimer la population présente dans sa partie avale», précise Frédéric Santoul. Résultats fin 2018.