A Gaillac, le vin est bon car les papillons ne font plus l'amour

AGRICULTURE Pour chasser le papillon Eudémis qui ravage leurs vignes, certains viticulteurs du Gaillacois perturbent leur reproduction en imitant les phéromones des femelles…

Julie Rimbert

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Le diffuseur émet sur une journée l'équivalent en phéromones de un million de femelles.
Le diffuseur émet sur une journée l'équivalent en phéromones de un million de femelles. — Droit devant
  • En 2012, les vignobles du Gaillacois ont été ravagés par le papillon Eudémis, entraînant 20 % de perte pour leur récolte.
  • Pour limiter l’épandage d’insecticides, certains professionnels utilisent la confusion sexuelle pour limiter la reproduction du papillon nuisible.
  • 14 % du vignoble est aujourd’hui protégé par cette méthode alternative.

Ce sont de véritables tue-l’amour qui ont été installés dans plusieurs vignobles de Gaillac. Entre les pieds de vigne, des plaquettes ont été suspendues pour empêcher la reproduction de l’ Eudémis, un papillon ravageur qui attaque les pieds au printemps avec ses œufs, et dont les larves pourrissent ensuite le raisin.

Désorientés par les nombreux appels sexuels

Face à cette menace qui a détruit environ 20 % de la récolte en 2012, les viticulteurs se sont tournés vers des alternatives efficaces aux insecticides, souvent fastidieux à épandre. Les professionnels contrôlent ainsi les populations de papillons ravageurs pour les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Grâce aux diffuseurs de phéromones, qui imitent les femelles, les mâles, désorientés par tant d’appels sexuels, sont incapables de repérer les gentes dames et donc de se reproduire.

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Depuis 2013, Olivier Jean, responsable du château Les Vignals, utilise cette confusion sexuelle dans la totalité de ses 140 hectares de vigne bio. Les capsules de phéronomes, produites par l’ entreprise Basf, sont installées au printemps dans le vignoble, à raison de 500 par hectares. Un seul diffuseur émet sur une journée l’équivalent en phéromones d’un million de femelles. « Sans accouplement du papillon, il n’y a pas de larve ou de chenille capable d’attaquer les raisins, explique-t-il. Je trouve cette solution éthique car elle évite juste la reproduction de cet insecte, sans pour autant détruire l'Eudémis ou les autres espèces ».

14 % du Gaillacois protégé

Autre avantage de la confusion sexuelle : elle allège le travail du viticulteur sur toute la saison puisqu’une fois les diffuseurs posés, les raisins sont protégés jusqu’à la récolte, permettant une diminution du nombre de traitements. Le diffuseur est à la fois étanche pour contenir le parfum diffusé et poreux pour le laisser s’évaporer, quelles que soient les conditions climatiques. La protection du vignoble est assurée pendant au moins 180 jours à̀ partir de la pose des diffuseurs.

« Pour les vendanges tardives, c’est important que la protection soit efficace longtemps afin d’avoir la surmaturité nécessaire sur certains cépages », assure Olivier Jean. Actuellement, 14 % du vignoble du Gaillacois est protégé contre l’Eudémis par cette méthode de la confusion sexuelle, soit environ 900 hectares. C’est moitié plus que la moyenne nationale, qui recense plus de 8 % des surfaces françaises concernées par cette méthode alternative.